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	<title>Sachka</title>
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	<description>Game Design, Narrative Design, Presse Jeu Vidéo, Pages volantes</description>
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		<title>Choix intéressants et narration interactive</title>
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		<pubDate>Mon, 30 Jan 2012 23:14:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sachka</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse-minute]]></category>
		<category><![CDATA[Jeu vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[Narration]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Article précédemment publié sur Merlanfrit.net dans le cadre de la thématique &#171;&#160;Le jeu d&#8217;aventure bouge encore&#160;&#187;</p>
<p>
</p>
<p style="text-align: justify;">Selon la fameuse phrase du game designer Sid Meier un bon jeu est « une suite de choix intéressants ». Un choix est intéressant à plusieurs conditions, il détaille cette affirmation ainsi : il ne doit [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Article précédemment publié sur <a href="http://merlanfrit.net">Merlanfrit.net</a> dans le cadre de la thématique &laquo;&nbsp;Le jeu d&#8217;aventure bouge encore&nbsp;&raquo;</em></p>
<p><center><em><img class="aligncenter size-full wp-image-1077" title="Arborescence de choix sous Articy: draft" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/logo_choix.jpg" alt="" width="960" height="160" /><br />
</em></center></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Selon la fameuse phrase du game designer Sid Meier un bon jeu est « une suite de choix intéressants ». Un choix est intéressant à plusieurs conditions, il détaille cette affirmation ainsi : il ne doit pas y avoir une option clairement meilleure que les autres (sinon le choix est facile à faire), mais les options ne doivent pas être toutes également satisfaisantes (sinon le choix est ennuyeux), et le joueur doit pouvoir effectuer son choix en connaissance de cause (pour éviter l’impression de hasard ou de triche). En bref un choix c’est de la réflexion et de la prise de risque.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Bien sûr Meier avait plutôt en tête le jeu de stratégie, mais cela pourrait probablement s’appliquer aux jeux d’aventure à narration non-linéaire et aux scénarios à embranchements.</strong></p>
<p><center><img class="aligncenter size-full wp-image-1078" title="L.A. Noire : le carnet de questions à poser au témoin" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/choix_lanoire-questions.jpg" alt="" width="819" height="461" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">On connaît tous la petite déception devant un choix de dialogues, au moment où on s’aperçoit qu’il faudra poser toutes les questions, et que l’ordre dans lequel on les pose n’a aucune incidence sur la réaction du personnage. Aucun choix intéressant ici, simplement un geste mécanique pour débloquer la suite de l’histoire. Dans <em>L.A. Noire</em> on avait failli y croire puisqu’on devait interroger les suspects et choisir parmi plusieurs réponses différentes selon que l’on doutait ou pas de la sincérité de l’interlocuteur. Mais c’était une illusion, au final peu importait le choix du joueur, l’enquête finissait toujours de la même manière.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>RÉUSSIR OU MOURIR</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Heavy Rain</em> avait tenté de proposer de réelles conséquences aux actions du joueur : la fin de l’histoire pouvait être complètement différente selon le cheminement suivi, et le risque pris à chaque pas était réel puisque tous les personnages principaux pouvaient mourir. Cependant était-ce vraiment un « risque » ? <em>Heavy Rain</em> proposait plutôt une sorte de scénarisation du game over : on pouvait réussir telle séquence (fuir la police, trouver un indice…) ou échouer. Un jeu vidéo normal nous demanderait de recommencer jusqu’à réussir ; ici on pouvait passer outre et vivre avec son échec. On peut difficilement parler de choix dans ces conditions : le joueur n’a pas les informations nécessaires sur ce qui va se passer, et bien entendu, l’échec n’est pas une option sciemment choisie. C’est effectivement un scénario à embranchements, mais sans stratégie pour le joueur, sans « choix intéressants ». Les différentes fins, comportant tout un panel de dénouements particulièrement désastreux, étaient surtout un catalogue des différentes façons d’avoir échoué. Bien sûr l’expérience de la frustration et de l’impuissance peut être narrativement intéressante, mais c’est un autre débat.</p>
<p><center><img class="aligncenter size-full wp-image-1079" title="Heavy Rain : réussir ou échouer la séquence de gameplay détermine la suite de l’histoire" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/choix_Heavy_Rain-C1.29-Ethan_en_fuite008.jpg" alt="" width="896" height="504" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Comment alors construire un scénario à choix intéressants ?</p>
<p style="text-align: justify;">On peut tabler sur des variations subtiles d’un même scénario, comme par exemple quand on propose de répondre à un personnage sur différents tons : agressif, amical, neutre… à la façon des <em>Mass Effect</em>. Mais on se rapproche alors de scénarisation RPG et on s’éloigne de l’idée d’un scénario impacté par le joueur, un scénario RPG étant par essence construit pour rester un emballage valable quelle que soit la cuisine que fait le joueur à l’intérieur. Pour celui-ci il s’agit donc davantage de choix stratégiques (faction, compagnon, alignement, style de combat…) que de choix scénaristiques.</p>
<p><center><img class="aligncenter size-full wp-image-1080" title="Schéma d’un scénario à embranchements réalisé sous Excel" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Lexis1.jpg" alt="" width="800" height="409" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">La conception narrative d’un jeu relève toujours du casse-tête quand il s’agit de proposer des choix nombreux et significatifs au joueur. Et le casse-tête s’intensifie lorsque les embranchements interviennent aussi bien au niveau macro (des branches de scénario qu’il faut raccorder entre elles) qu’au niveau micro (des choix de dialogues ou d’action pendant une séquence). Le schéma scénaristique d’ensemble devient tellement touffu qu’il est extrêmement difficile de s’en faire une vision synthétique, ou de s’assurer que chaque détail est cohérent dans n’importe quel embranchement narratif. On atteint réellement des limites de lisibilité avec des outils comme Word et ses hyperliens ou Excel, et même avec des outils conçus exprès pour ça, comme Articy:Draft. Sans parler du fait qu’on risque l’explosion en termes d’assets et de mémoire nécessaire pour faire tourner le jeu si on prévoit trop de scènes facultatives.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>AUJOURD&#8217;HUI OU PEUT-ÊTRE DEMAIN</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><br />
</strong></p>
<p><center><strong><img class="aligncenter size-full wp-image-1081" title="Deadly Premonition : un monde ouvert plein d’histoires à se raconter" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/choix_dp2.png" alt="" width="600" height="336" /><br />
</strong></center></p>
<p style="text-align: justify;">Une autre solution consiste à donner au joueur la liberté de son agenda. Cela suppose un jeu à monde ouvert, en temps réel. Parce que si le temps du jeu est suspendu jusqu’à ce que le joueur finisse par effectuer l’action voulue, on perd évidemment l’impression du libre choix. Il faut au contraire permettre au joueur de décider librement de son planning du jour, qu’il décide d’aller droit au but ou de reporter sa mission principale. <em>Deadly Premonition</em> en est le meilleur exemple : il arrive que le héros ait un rendez-vous à une heure précise de la journée. Le joueur peut s’y rendre ou bien décider de faire autre chose : le temps passera malgré tout, de façon naturelle, et le rendez-vous sera reporté au lendemain. Il est donc possible de suivre la trame principale sur quelques jours ou sur quelques semaines, selon le rythme désiré, et de se livrer à différentes activités dans l’intervalle. Cette liberté de &laquo;&nbsp;timing&nbsp;&raquo;, notion cruciale pour Swery65, permettait de construire un lien intime avec le personnage principal (voir aussi notre article dédié à l’usage du trivial dans cette même optique).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>CROISER LA BIMBO OU LA PUNKETTE</strong></p>
<p style="text-align: justify;">A défaut d’avoir à disposition un <em>open world</em> apparemment vivant et indépendant, il est aussi possible pour le jeu de collecter une série d’informations sur le comportement du joueur, afin de légèrement orienter le scénario d’une façon ou d’une autre, et ainsi donner l’impression que ses choix modèlent l’histoire. A un niveau balbutiant cela donne <em>Bioshock</em>, qui comptabilise le nombre de bonnes et mauvaises actions envers les « petites sœurs », et traduit cela en quelques avantages tactiques et en différentes cinématiques de fin.</p>
<p><center><img class="aligncenter size-full wp-image-1082" title="Silent Hill : Shattered Memories - un même personnage avec une allure différente en fonction de l’attitude du joueur" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/choix_SHSM.jpg" alt="" width="700" height="389" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">A un niveau plus sophistiqué, cela donne <em>Silent Hill : Shattered Memories</em>, qui établit littéralement un profil psychologique du joueur et adapte les dialogues et jusqu’à l’apparence des personnages rencontrés en fonction de cela. Pour ce faire, le jeu utilise des questions directes, et même des tests psychologiques classiques (les fameuses taches de Rorschach), mais il va plus loin que ça en analysant les faits et gestes du joueur : ce qu’il regarde, sur quoi il s’attarde, comment il se dirige dans l’environnement… Ainsi sans en avoir toujours conscience, en jouant on fait en permanence des choix qui impactent le scénario de manière parfois radicale. Les différentes branches scénaristiques ne sont pas bonnes ou mauvaises &#8211; il y a d’ailleurs un éventail de cinq profils-types, elles reflètent simplement la personnalité que le joueur choisit d’imprimer au héros.</p>
<p style="text-align: justify;">Un jeu d’aventure peut donc proposer quelques fluctuations en fonction de variables et de paramètres collectés au fil de la partie, de manière plus naturelle et transparente que par des choix de dialogues à l’ancienne.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>SAUVER L&#8217;HOMME-POULPE OU DRAGUER LE POÈTE</strong></p>
<p style="text-align: justify;">On a vu récemment apparaître un autre modèle de jeu offrant une narration non-linéaire, une bizarrerie mariant jeu textuel et open-world : <em>Echo Bazaar</em>. Le joueur incarne un personnage, dans un Londres victorien qui aurait sombré sous terre si profondément que la lumière du jour n’y serait plus visible. Il n’y a pas de trame principale à proprement parler, même si on peut suivre quelques fils conducteurs sur la durée. Il s’agit plutôt d’y vivre le quotidien du personnage. Pour ce faire on joue des « storylets », des bribes de scénario représentées sous forme de cartes : telle carte permet d’aller cambrioler une bijouterie, telle autre d’enquêter sur un médium, telle autre de séduire un poète fauché… Chaque carte requiert des conditions pour pouvoir être jouée, mais une fois les conditions remplies, on peut jouer n’importe quelle carte à n’importe quel moment.</p>
<p><center><img class="aligncenter size-full wp-image-1083" title="Echo Bazaar : une ville à romancer" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/choix_EBZ.jpg" alt="" width="662" height="412" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Chaque mini-scénario peut tenir un une seule carte ou bien se raconter au fil d’une quinzaine de textes. Dans tous les cas, le joueur décide absolument de tout : quelle histoire suivre, comment occuper sa journée, comment gagner sa vie, où loger et quel quartier de la ville arpenter, qui fréquenter et quelle conduite morale tenir… Les actions sont plus ou moins difficiles à réussir et dépendent de compétences acquises, mais le joueur peut aussi choisir quelle dose de risque accepter, et écrire ainsi son histoire. Elles sont suffisamment neutres pour pouvoir êtres répétées plusieurs fois, comme un travail ou une habitude, imprimant au jeu une ambiance de quotidienneté.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce sont des couches de micro-narrations indépendantes qui sont superposées : leur multiplicité et leur désynchronisation compensent leur linéarité. Et l’usage de simples textes illustrés d’images génériques permet de prévoir un nombre incroyable de ces mini-scénarios. Le jeu en son état actuel, lancé depuis 2009, représente un travail d’écriture réellement phénoménal. Il y a tellement d’histoires à vivre qu’au bout de quelques semaines on a réellement l’impression d’avoir lu un roman entier situé à « Fallen London » et d’y avoir vu vivre toute sa pittoresque population. On a aussi réellement l’impression de s’être approprié le personnage, puisque son histoire est à chaque instant un choix : faut-il défendre un homme-poulpe agressé par la foule ou bien le détrousser ? Faut-il écrire des vers sur le ciel perdu ou bien des pamphlets anarchistes ? Faut-il se livrer au trafic de belettes ou bien parier aux combats d’araignées ?</p>
<p><center><img class="aligncenter size-full wp-image-1084" title="Au joueur d’écrire son histoire dans Echo Bazaar" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/EchoBazaar-3.jpg" alt="" width="510" height="657" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Ces différentes expériences narratives de choix intéressants sont sans doute le début de possibilités bien plus vastes, tant il est vrai que les auteurs sont souvent limités par la technique. L’avenir de la narration interactive sera fait de mondes ouverts, de personnages dotés d’intelligence artificielle psychologique capable de répondre à n’importe quoi… Et sûrement de bien d’autres idées neuves pour une implication grandissante du joueur dans l’histoire, sans appauvrir cette dernière.</p>
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		<title>Le poupon fantôme</title>
		<link>http://www.sachka-blog.com/le-poupon-fantome-1069</link>
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		<pubDate>Sun, 29 Jan 2012 15:27:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sachka</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Image]]></category>
		<category><![CDATA[My life on Mars]]></category>

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		<description><![CDATA[<p>Vue sur l&#8217;appartement abandonné juste à côté, de la fenêtre de notre salle de bain&#8230; Un poupon au crâne défoncé est apparu depuis aujourd&#8217;hui, enfin en tout cas je ne l&#8217;avais jamais remarqué avant. Il a l&#8217;air de léviter, vu d&#8217;ici.</p>
<p>&#160;
</p>
]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Vue sur l&#8217;appartement abandonné juste à côté, de la fenêtre de notre salle de bain&#8230; Un poupon au crâne défoncé est apparu depuis aujourd&#8217;hui, enfin en tout cas je ne l&#8217;avais jamais remarqué avant. Il a l&#8217;air de léviter, vu d&#8217;ici.</p>
<p>&nbsp;<br />
<center><img class="aligncenter size-full wp-image-1070" title="Poupon abandonné" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/poupon.jpg" alt="" width="664" height="664" /></center></p>
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		<title>Le charme mystérieux de la chambre d&#8217;hôtel</title>
		<link>http://www.sachka-blog.com/le-charme-mysterieux-de-la-chambre-dhotel-1052</link>
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		<pubDate>Mon, 16 Jan 2012 16:55:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sachka</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse-minute]]></category>
		<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Jeu vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[Narration]]></category>

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		<description><![CDATA[
<p>Article précédemment publié sur Merlanfrit.net dans le cadre de la thématique &#171;&#160;Le jeu d&#8217;aventure bouge encore&#160;&#187;</p>
<p></p>
<p>L’hôtel est un lieu – presque un lieu commun – du  roman ou du film d’enquête. Un lieu de passage, un refuge anonyme. La  chambre d’hôtel, nettoyée chaque jour, est un espace en apparence vierge  de toute [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="text-align: justify;">
<p><em>Article précédemment publié sur <a href="http://merlanfrit.net">Merlanfrit.net</a> dans le cadre de la thématique &laquo;&nbsp;Le jeu d&#8217;aventure bouge encore&nbsp;&raquo;</em></p>
<p><center><img class="aligncenter size-full wp-image-1053" title="Le charme mystérieux de la chambre d'hôtel" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/hotel_logo.jpg" alt="" width="960" height="160" /></center></p>
<p><strong>L’hôtel est un lieu – presque un lieu commun – du  roman ou du film d’enquête. Un lieu de passage, un refuge anonyme. La  chambre d’hôtel, nettoyée chaque jour, est un espace en apparence vierge  de toute histoire ancienne. Autant dire qu’elle fournit un cadre  parfait pour une histoire policière : tout y est signe d’une activité  récente, tout y est indice.</strong></p>
</div>
<p><center><img class="aligncenter size-full wp-image-1054" title="13 ans auparavant..." src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/lastwindowsplit.jpg" alt="" width="580" height="350" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Les chambres, normalement identiques, sont seulement marquées par le  séjour des actuels résidents, dans un subtil jeu des sept différences :  les bagages sont-ils défaits ? Les draps sont-ils encore chauds ? Le  papier à lettre à en-tête a-t-il servi ?</p>
<p style="text-align: justify;">L’hôtel romancé, qu’il soit luxueux comme dans <em>L’Année dernière à Marienbad</em> ou populaire comme dans <em>Hôtel du Nord</em>,  accueille des visiteurs à la dérive, venus s’échouer là plutôt  qu’accoster pour le plaisir. Jeunes femmes amnésiques, VRP taciturnes,  amoureux suicidaires… Les couloirs de l’hôtel, la salle à manger, sont  des lieux où le récit entrecroise des destins incertains et esquisse des  portraits en demi-teinte.</p>
<p><center><img class="aligncenter size-full wp-image-1055" title="Voisins" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/hotel_capewest.jpg" alt="" width="384" height="256" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Est-ce une coïncidence si les deux jeux d’aventure du studio Cing  mettant en scène l’ex-flic Kyle Hyde se situent dans un hôtel ? <em>Hotel Dusk : room 215</em> (sorti en 2007 sur Nintendo DS), puis <em>Last Window : The Secret of Cape West</em> (2010) : chaque jeu porte dans son titre le nom de l’établissement.</p>
<p style="text-align: justify;">Chaque histoire se situe entièrement dans son hôtel respectif, dans  lequel le héros a pris une chambre. Et comme dans toute bonne histoire  de mystère, si tout le monde a l’air d’être là par hasard, on finit par  comprendre que chaque personnage a de secrètes raisons de s’intéresser  aux lieux, et que si coupable il y a, il fait forcément partie des  résidents.</p>
<p><center><img class="aligncenter size-full wp-image-1056" title="La chambre interdite" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/hotel2.jpg" alt="" width="500" height="333" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">L’hôtel Dusk est un petit hôtel assez miteux au milieu du sud-ouest  américain. Le patron et la femme de chambre sont trop mal embouchés pour  être honnêtes, et parmi une galerie de personnages aux origines  sociales incompatibles, le suspense se focalisera sur une jeune fille  muette arrivée en stop sans argent ni bagages, un prospectus de  l’établissement à la main.</p>
<p style="text-align: justify;">L’hôtel Cape West était au contraire une résidence de luxe, dont les  soirées étaient autrefois réputées. Ses chambres sont maintenant louées  comme appartements, mais il est promis à la destruction. Même si les  personnages y sont « chez eux », les studios ont conservé leur format de  chambres d’hôtel et leurs fantômes du passé… Et puis tout le monde  s’active à faire ses bagages, sous le coup de l’avis d’expulsion : là  encore, on y est « de passage » et le temps est compté. Pourquoi cette  soudaine décision de la part de la très élégante propriétaire ? Pourquoi  l’accès au dernier étage, resté inviolé depuis treize ans, figé dans  son luxe poussiéreux, est-il interdit ?</p>
<p><center><img class="aligncenter size-full wp-image-1057" title="Une bague égarée" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/hotel-detail.jpg" alt="" width="500" height="333" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Le joueur devra donc guider les pas de Kyle Hyde afin d’explorer ces  deux hôtels en douce : s’introduire dans les chambres, fouiller la cave,  visiter le toit, subtiliser des clefs chez la direction… Le gameplay  est tout en arpentage de couloirs, aux aguets pour découvrir qui parle  avec qui, qui quitte sa chambre en pleine nuit… C’est une temporalité  particulière qui s’instaure, un temps entre parenthèses, différent du  métro-boulot-dodo, puisque les personnages ne travaillent pas. Le  quotidien est rythmé par les horaires d’ouverture du restaurant et les  petites habitudes de chacun.</p>
<p style="text-align: justify;">D’autres jeux ont tiré parti de ce contexte hôtelier en utilisant le temps réel : dans <em>Gabriel Knight 3</em> (un hôtel du sud de la France &#8211; 1999) ou dans <em>L’Île noyée</em> (un hôtel construit par un milliardaire sur une île sur le point d’être  engloutie, d’après la BD de Sokal &#8211; 2007), le héros devait également  mener l’enquête parmi les résidents d’un hôtel – tous suspects bien sûr –  en surveillant leurs allers et venues pour surprendre une conversation  au bon moment. Si le moment était passé, tant pis, c’était une  information en moins pour le joueur. Cette utilisation du temps réel  était encore plus frappante dans <em>The Last Express</em>, dans lequel le train tenait lieu d’hôtel en huis-clos.</p>
<p><center><img class="aligncenter size-full wp-image-1058" title="L'Île noyée" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/hotel_ile.jpg" alt="" width="743" height="396" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Ce parti-pris du huis-clos peut sembler artificiel narrativement et peu réaliste. Dans <em>Last Window</em> par exemple, on est en pleine ville, rien n’empêcherait a priori le jeu  de s’étendre au-delà des portes de l’hôtel. Mais c’est pourtant ce qui  fonde tout le plaisir du casse-tête et de l’énigme, un plaisir presque  théorique qui recourt pour résoudre le mystère autant à la logique qu’à  la psychologie : toutes les clefs sont là, à portée, et s’offrent en  défi à l’intelligence de qui veut s’y frotter. Si ce système fonctionne  merveilleusement bien dans les romans ou les films, il constitue une  mine d’or pour le gameplay d’un jeu vidéo.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela relève bien sûr de vieilles méthodes d’enquête, qui ne  comptaient pas trop sur les analyses ADN ou les empreintes digitales,  mais plutôt sur l’observation et la déduction, d’une manière vraiment  ludique. Tellement ludique que certains apprentis détectives ont pu  utiliser dans les années 30 des jouets, <a rel="external" href="http://www.retronaut.co/2011/08/nutshell-studies-of-unexplained-death/">des maisons de poupées pour reconstituer des cas de meurtres non élucidés</a>.  Ces petites scènes macabres aux taches de sang dûment reproduites ont  été conservées, et on peut encore aujourd’hui se demander qui a tué les  Judson alors que la chambre était fermée de l’intérieur…</p>
<p><center><img class="aligncenter size-full wp-image-1059" title="Miniature Murder Scene" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/hotel_miniatureMurderScene.jpg" alt="" width="520" height="346" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Cette économie de moyens dans la mise en scène du mystère et des outils pour le démêler a aussi produit le sous-genre du jeu « <em>escape the room</em> » :  le joueur est prisonnier d’une pièce unique, et doit y chercher les  moyens de s’évader. Généralement très neutre au premier regard, la  chambre se révèle en réalité truffées d’énigmes et de codes à  déchiffrer. Depuis les fameuses &laquo;&nbsp;Crimson Room&nbsp;&raquo; et surtout &laquo;&nbsp;<a rel="external" href="http://www.albinoblacksheep.com/games/viridian">Viridian Room</a>&nbsp;&raquo;  en 2004, le genre a connu toutes les déclinaisons imaginables, de la  chambre d’hôtel au bureau design en passant par la chambre d’enfant, de  l’ambiance traditionnelle japonaise à des contextes plus SF&#8230; On en  trouve <a rel="external" href="http://lambda.over-blog.com/categorie-268732.html">une sélection très complète ici</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est un peu le summum de l’enquête en chambre, le jeu d’aventure  réduit à sa plus simple expression, condensé au point où ce sont les  énigmes seules qui portent l’histoire. Car en effet, quand le jeu, même  aussi minimaliste, est bien fait, il y reste toujours un récit, distillé  par les meubles, la décoration, les traces d’un précédent occupant. Une  chambre d’hôtel n’est jamais si propre qu’elle ne raconte pas  d’histoire : l’hôtel lui-même fait partie des personnages.</p>
<p><center><img class="aligncenter size-full wp-image-1060" title="Crimson Room" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/hotel_crimsonroom.jpg" alt="" width="640" height="480" /></center></p>
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		<title>Le complexe du Jedi</title>
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		<pubDate>Tue, 27 Dec 2011 23:05:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sachka</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Jeu vidéo]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Article initialement publié sur Merlanfrit.net</p>
<p style="text-align: justify;">Un autre court billet qui faisait partie du calendrier de l’avent de Merlanfrit. Petit hommage à ce qui fut l&#8217;une de mes plus marquantes expériences de MMORPG.
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<p style="text-align: justify;">L’un des problèmes de design des MMORPG, c’est la façon de gérer le  désir [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Article initialement publié sur <a href="http://merlanfrit.net/">Merlanfrit.net</a></em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Un autre court billet qui faisait partie du calendrier de l’avent de Merlanfrit. Petit hommage à ce qui fut l&#8217;une de mes plus marquantes expériences de MMORPG.<br />
</em></p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p><center><img class="aligncenter size-full wp-image-1045" title="Lightsabers!" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Jedi_logo.jpg" alt="" width="960" height="160" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">L’un des problèmes de design des MMORPG, c’est la façon de gérer le  désir de chaque joueur d’être le héros. Dans les jeux solos, pas de  problème pour être l’élu salué par tous les passants. <a href="http://merlanfrit.net/Massively-Asynchronous-Exploration">Dans un jeu massivement multijoueur, il faut partager cette gloire</a>.  Certains jeux trichent, les personnages non-joueurs font le tapin et  font en sorte que chaque client se « sente spécial ». D’autres ont  l’audace de proposer au joueur le rôle d’un quidam que personne  n’attend.</p>
<p style="text-align: justify;">C’était le cas de <em>Star Wars Galaxies</em>, sorti en 2003. Pourtant  le défi était d’autant plus grand que le jeu se référait à un film  culte : tout le monde voulait être Luke Skywalker. Tout le monde voulait  être Jedi. Ou bien tout le monde voulait être Han Solo.</p>
<p style="text-align: justify;">Le jeu se situait entre les épisodes IV et V : l’ordre des Jedis  était anéanti, la Rébellion encore faible. SWG ne proposait pas Jedi  comme classe de personnage. Il fallait d’abord développer un personnage  « basique », le faire devenir progressivement sensible à la Force, ce  qui était très long, avant de pouvoir enfin jouer un personnage Jedi.  Les premiers joueurs à y parvenir avaient leur heure de gloire. Le jeu  dans son ensemble proposait avant tout de faire vivre le monde, en  donnant vie au commerce et aux relations sociales : il y avait par  exemple des métiers de danseurs, de stylistes, de cuisiniers ou de  fabricants de droïdes. La particularité de SWG était de donner la  possibilité de jouer des personnages entièrement non-combattants.  C’était viable et c’était fun, malgré le lot de problèmes qu’on peut  imaginer. Devenir Jedi était une quête de longue haleine, un sacerdoce  secret.</p>
<p><center><img class="aligncenter size-full wp-image-1046" title="Star Wars Galaxies" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Jedi_SWG.jpg" alt="" width="720" height="491" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">
Et puis vint le <a rel="external" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Star_Wars_Galaxies#New_Game_Enhancements">New Game Enhancements</a> (NGE). Je ne sais quel obscur marketeux décida que si les joueurs  voulaient tous être Jedis, eh bien il fallait leur donner ce qu’ils  voulaient. Le design du jeu fut entièrement refondu au bull-dozer :  métiers, classes, combat, accession au statut de Jedi dès le début du  jeu. Les Jedis-kékés se mirent à pulluler dans les rues, et à brandir  fièrement leurs sabres-lasers alors que l’ordre était censé rester  clandestin. C’était le début du compte à rebours vers la mort certaine  de SWG, qui connut une chute catastrophique du nombre d’abonnés presque  du jour au lendemain.</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Les serveurs du jeu viennent officiellement de fermer le 15 décembre  2011. Un autre MMO validé par Lucas vient prendre sa place : <em>Star Wars : The Old Republic</em>,  sorti ce 20 décembre. Parmi les classes proposées dès le début du jeu,  un quart sont des Jedis (Jedi Knight, Jedi Consular), un autre quart  sont des Siths (Sith Warrior, Sith Inquisitor). Autant dire que  potentiellement la moitié des joueurs se baladent en agitant des  sabres-lasers. Et pourtant chaque PNJ vous accueille comme si vous étiez  le seul, et le sauveur attitré de la galaxie.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Star Wars : The Old Republic</em>, le retour du lèche-botte.</p>
<p><center><img class="aligncenter size-full wp-image-1047" title="Star Wars: The Old Republic" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Jedi_SWTOR.jpg" alt="" width="790" height="549" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
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		<title>La justice du poltergeist</title>
		<link>http://www.sachka-blog.com/la-justice-du-poltergeist-1038</link>
		<comments>http://www.sachka-blog.com/la-justice-du-poltergeist-1038#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 20 Dec 2011 18:43:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sachka</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Jeu vidéo]]></category>

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		<description><![CDATA[<p>Article initialement publié sur Merlanfrit.net</p>
<p>Un court billet qui faisait partie du calendrier de l&#8217;avent de Merlanfrit. On a tendance à moins considérer les jeux sur portables quand on pense aux GOTY, mais Ghost Trick est incontestablement l&#8217;un de mes &#171;&#160;jeux de l&#8217;année&#160;&#187; 2011.</p>
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<p>Je suis mort.</p>
<p>Je suis mort mais c’est pas grave. Parce que je ne [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Article initialement publié sur <a href="http://merlanfrit.net">Merlanfrit.net</a></em></p>
<p><em>Un court billet qui faisait partie du calendrier de l&#8217;avent de Merlanfrit. On a tendance à moins considérer les jeux sur portables quand on pense aux GOTY, mais Ghost Trick est incontestablement l&#8217;un de mes &laquo;&nbsp;jeux de l&#8217;année&nbsp;&raquo; 2011.</em></p>
<p><center><img class="aligncenter size-full wp-image-1039" title="GhostTrick" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/GhostTrickLogo.jpg" alt="" width="960" height="160" /></center></p>
<p>Je suis mort.</p>
<p>Je suis mort mais c’est pas grave. Parce que je ne me souviens plus  de ma vie passée. Je ne sais plus qui j’étais, les morts perdent la  mémoire. Je crois juste que j’avais une veste rouge qui claque bien, et  une coupe blonde hirsute. Et des lunettes noires. En tout cas c’est  comme ça que je me vois. Je sais aussi qu’on m’a tué. Mais je ne sais pas qui ni pourquoi. Est-ce  que je l’avais mérité ?</p>
<p>Il fait nuit. Mon cadavre est effondré au sol. Quand le jour se  lèvera, mon esprit disparaîtra pour toujours. Dans quelques heures je  n’existerai plus du tout. Je ne regrette pas la vie parce que j’ai  oublié ce que c’est d’être vivant. Mais quand même… j’aimerais bien  savoir, avant de partir.</p>
<p>Ironie du sort, j’ai hérité des pouvoirs des fantômes, les &laquo;&nbsp;<em>ghost tricks</em>&laquo;&nbsp; :  je peux empêcher les autres de mourir, en revenant dans le temps pour  changer leur destin. Mais je ne peux pas revoir ma propre mort, ni la  changer.</p>
<p>Je peux ressusciter ce condamné à mort exécuté au fond d’une prison,  je peux épargner ce ministre à l’air soucieux, je peux faire mourir ceux  qui me gênent. Pendant quelques heures de nuit noire, la justice  humaine n’a plus cours, c’est moi qui décide.</p>
<p>Pendant que chaque seconde me rapproche de la fin, j’occupe mon esprit, je me démène. De toutes mes forces de <em>poltergeist</em>,  je secoue les rideaux, je fais tomber les livres des étagères ou sonner  le téléphone, je regarde le monde depuis l’envers du décor en espérant  comprendre ce qui se passe sur scène. Moi que plus personne n’entend ni  ne voit, sauf les morts de passage.</p>
<p>Mais à force de retourner le monde dans ses moindres recoins et de  ressusciter cette jolie rousse qui n’en finit pas de se faire tuer, je  crois que je commence à me souvenir de ce que c’était, la vie. Je crois  que c’était bien et que j’aimais ça. Je crois que je ne veux pas mourir.</p>
<p>Plus qu’une heure avant l’aube.</p>
<p><center><img class="aligncenter size-full wp-image-1040" title="Mon cadavre au rebus..." src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/GhostTrick1.jpg" alt="" width="511" height="380" /></center></p>
]]></content:encoded>
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		<title>Non-violence et jeu vidéo à Supinfogame</title>
		<link>http://www.sachka-blog.com/non-violence-et-jeu-video-a-supinfogame-1025</link>
		<comments>http://www.sachka-blog.com/non-violence-et-jeu-video-a-supinfogame-1025#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 06 Dec 2011 23:39:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sachka</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse-minute]]></category>
		<category><![CDATA[Jeu vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[My life on Mars]]></category>
		<category><![CDATA[Narration]]></category>
		<category><![CDATA[Projets]]></category>

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		<description><![CDATA[<p></p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;association Non Violence 21 organise depuis quelques années des journées de réflexion et de sensibilisation à l&#8217;intention des étudiants de l&#8217;école Supinfogame, et cette année j&#8217;ai eu le plaisir d&#8217;être invitée à y contribuer en tant que game designer. La démarche est originale puisque contrairement à certaines polémiques un peu fatiguées, elle ne [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><center><img class="aligncenter size-full wp-image-1029" title="Intervention à Supinfogame" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/SupinfogameConf.jpg" alt="" width="900" height="327" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;association <a href="http://www.nonviolence21.org/">Non Violence 21</a> organise depuis quelques années des journées de réflexion et de sensibilisation à l&#8217;intention des étudiants de l&#8217;école <a href="http://www.supinfogame.fr/">Supinfogame</a>, et cette année j&#8217;ai eu le plaisir d&#8217;être invitée à y contribuer en tant que game designer. La démarche est originale puisque contrairement à <a href="http://gamingsince198x.fr/entre-nous/la-sentinelle-est-fatiguee-1ere-partie/">certaines polémiques un peu fatiguées</a>, elle ne part pas du principe simpliste que le jeu vidéo rendrait violent par exposition à des images violentes. Au contraire les membres de l&#8217;association envisagent le jeu avec bienveillance, comme un <a href="http://www.nonviolence21.org/index.php/accueil-jeux">moyen d&#8217;expression puissant permettant de véhiculer toutes sortes de messages</a>. La violence est une donnée de notre monde, et leur volonté n&#8217;est pas du tout de censurer ce fait ou de le refuser. En revanche, ils essaient de promouvoir d&#8217;autres moyens de résoudre les conflits et de changer le monde, par l&#8217;<strong>action non-violente</strong>. Cela va de la bonne attitude face à un enfant agressif ou à du harcèlement moral, jusqu&#8217;à des actions revendicatives de grande ampleur façon Gandhi&#8230; Et cela commence par l&#8217;identification de différentes formes de violence : physique, psychologique, morale&#8230; La violence est perçue différemment par chacun. C&#8217;est un sujet très vaste que je n&#8217;aborderai pas ici faute de compétence, mais que je trouve très intéressant.</p>
<p><center><img class="aligncenter size-full wp-image-1026" title="Le Démineur, différents degrés de violence" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Slide2.jpg" alt="" width="800" height="583" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Quel est le rapport avec le jeu vidéo alors ? Eh bien, si on généralise un peu, il faut bien admettre que le jeu vidéo ne propose le plus souvent que la solution de la violence pour régler une situation de conflit, qu&#8217;il s&#8217;agisse de guerre, d&#8217;assassinat ou d&#8217;aventure. L&#8217;essentiel du gameplay repose principalement sur le fait de tuer l&#8217;ennemi et de survivre : pas de place pour la négociation ou quoi que ce soit d&#8217;autre.<br />
Le discours de l&#8217;association ici n&#8217;était pas &laquo;&nbsp;moral&nbsp;&raquo;, mais plutôt pratique : et si le jeu proposait d&#8217;autres options ? Cela permettrait non seulement de promouvoir d&#8217;autres rapports humains (du niveau individuel jusqu&#8217;au niveau international) mais aussi d&#8217;enrichir considérablement les expériences de jeu. Car cela obligerait les concepteurs à ne pas reproduire les mêmes modèles de gameplay, et les joueurs à repenser leurs habitudes et à leur redonner du sens.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>&laquo;&nbsp;GAMES HELP ME UNDERSTAND SERIAL KILLERS BETTER:<br />
I WANT TO  INTERACT WITH PEOPLE I MEET, BUT I DON&#8217;T HAVE THE TOOLS, SO I SHOOT  THEM.&nbsp;&raquo; (Tim Schafer)</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il me semble que le jeu vidéo est à une période assez bâtarde où l&#8217;on mélange une notion de conflit assez abstraite, comme celle qui nourrit des jeux &laquo;&nbsp;premiers&nbsp;&raquo; comme les échecs ou la &laquo;&nbsp;balle au prisonnier&nbsp;&raquo;, mais aussi des jeux vidéo à la PacMan, avec une notion de conflit beaucoup plus concrète, contextuelle, qui ambitionne de parler de la réalité d&#8217;un conflit humain &#8211; guerres, bagarres de rue, luttes mafieuses&#8230;<br />
Pour le dire autrement, peut-on prétendre dire quelque chose de la guerre en Irak, de ses enjeux politiques, psychologiques, en se basant sur un système de jeu à peine plus évolué que le &laquo;&nbsp;pan t&#8217;es mort !&nbsp;&raquo; d&#8217;un jeu d&#8217;enfant ?</p>
<p><center><img src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/JVviolence.jpg" alt="" title="Violence omniprésente dans le jeu vidéo" width="922" height="287" class="aligncenter size-full wp-image-1033" /></center></p>
<p><strong>Le jeu vidéo prétend d&#8217;un côté aborder des thèmes adultes, mais de l&#8217;autre persiste dans des systèmes logiques relativement infantiles et simplistes.</strong> Oui je caricature peut-être un peu, mais c&#8217;est pour la démonstration ; en pratique ce sont des questions qui sont très loin d&#8217;être simples, et la technique est souvent un frein à l&#8217;audace expérimentale.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais c&#8217;est justement un champ d&#8217;expérimentation passionnant pour les concepteurs de jeux : presque tout est à penser et créer. C&#8217;est ce que j&#8217;ai essayé de transmettre aux étudiants avec qui j&#8217;ai eu l&#8217;occasion de débattre. J&#8217;ai essayé d&#8217;aborder la question de la &laquo;&nbsp;<a href="http://www.next-gen.biz/opinion/opinion-grand-theft-auto-ivs-incoherence">dissonance ludo-narrative</a>&laquo;&nbsp;, c&#8217;est à dire le moment où gameplay et scénario entrent en conflit. Le scénario nous raconte l&#8217;histoire morale d&#8217;un type, ancien truand, qui essaie de se racheter et de devenir quelqu&#8217;un de bien, tandis que le gameplay nous montre comme c&#8217;est fun de tuer des gens et de provoquer des accidents. C&#8217;est un problème si on ambitionne de créer un jeu qui ait quelque chose à dire sur l&#8217;expérience humaine (ce qui n&#8217;est pas une obligation pour tous les jeux bien entendu). Les cas de <em>Grand Theft Auto IV</em>, d&#8217;<em>Uncharted</em> et de <em>Red Dead Redemption</em> ont été évoqués.</p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;ai aussi essayé de dire que la recherche de modèles de gameplay non-violents pouvait amener des idées nouvelles à explorer, au lieu de produire des jeux sans fun, comme les étudiants semblaient le craindre. On a par exemple le cas du First Person Shooter, qui à partir d&#8217;un modèle purement guerrier, a pu donner des choses complètement différentes et passionnantes, comme <em>Portal</em> (où l&#8217;arme crée des portails dimensionnels au lieu de tuer), ou comme <a href="http://www.wired.com/gamelife/2011/09/warco/"><em>Warco</em> (dans lequel l&#8217;arme est remplacée par une caméra puisqu&#8217;on joue un reporter de guerre)</a>.</p>
<p><center><img class="aligncenter size-full wp-image-1027" title="Des FPS non-violents" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Slide5.jpg" alt="" width="795" height="551" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Enfin j&#8217;ai essayé d&#8217;aborder le thème du choix laissé au joueur et de sa responsabilisation. Un certain nombre de jeux ont tenté de proposer différentes options au joueur, avec des dénouements différents et un impact différent sur le monde en fonction des actions choisies : tuer ou ne pas tuer dans <em>Deus Ex</em>, libérer ou utiliser les Little Sisters dans <em>Bioshock</em>&#8230; L&#8217;usage de la violence n&#8217;est pas imposé par le gameplay : le joueur doit s&#8217;impliquer et choisir en connaissance de cause, et faire face aux conséquences. <a href="http://kotaku.com/5863817/">La Croix Rouge demandait par exemple s&#8217;il ne serait pas bon que les jeux de guerre soient plus réalistes et prennent en compte ce qui est considéré comme &laquo;&nbsp;crime de guerre&nbsp;&raquo;</a>, en prévoyant les conséquences adaptées pour les joueurs qui violent les lois humanitaires internationales. Et à l&#8217;opposé des jeux qui mettent le joueur en situation d&#8217;assumer ses actes, on a bien sûr le jeu de propagande, comme <em><a href="http://www.americasarmy.com/">America&#8217;s Army</a></em>, qui au contraire choisit pour le joueur ce qui est &laquo;&nbsp;bien&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;juste&nbsp;&raquo; et où se trouve le camp des gentils. Ici pas de responsabilisation du joueur, pas de questionnement de la violence. Le but avoué des commanditaires du jeu est de favoriser le recrutement de vrais soldats, et de <strong>faire du jeu un outil d&#8217;apprentissage de la violence professionnelle</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela pose de nombreuses questions de design aux concepteurs : quelle éthique adopter en fonction du projet ? Faut-il favoriser l&#8217;option non-violente parce qu&#8217;elle est plus morale ? Faut-il la rendre au contraire plus difficile parce que dans la réalité c&#8217;est effectivement un choix plus difficile (l&#8217;exemple de <em>Bioshock</em> n&#8217;était pas tout à fait convaincant à ce sujet par exemple, puisque l&#8217;option altruiste était en même temps l&#8217;option la plus &laquo;&nbsp;rentable&nbsp;&raquo;) ? Faut-il mettre toutes les options à égalité ? Comment créer un gameplay qui soit &laquo;&nbsp;fun&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;défouloir&nbsp;&raquo; tout en permettant d&#8217;être cohérent avec son personnage et son scénario ? Comment créer des personnages crédibles et profonds ?<br />
Ce sont des pistes qui, je l&#8217;espère, devraient permettre de concevoir des jeux avec une attitude un peu différente. En tout cas, le débat avec les étudiants se poursuivra lors de prochaines journées, avec si tout va bien la création de concepts de jeux résultant de cette réflexion. Je suivrai avec intérêt ce qu&#8217;il en ressortira.</p>
<p><center><img src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/SocialBossFight.jpg" alt="" title="Social Boss Fight" width="700" height="557" class="aligncenter size-full wp-image-1035" /></center></p>
]]></content:encoded>
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		<title>Gameplay de l’intervalle : éloge du feu de camp</title>
		<link>http://www.sachka-blog.com/gameplay-de-l%e2%80%99intervalle-eloge-du-feu-de-camp-1014</link>
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		<pubDate>Wed, 30 Nov 2011 13:51:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sachka</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse-minute]]></category>
		<category><![CDATA[Jeu vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[Narration]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Article initialement publié sur Merlanfrit.net</p>
<p></p>
<p style="text-align: justify;">On pourrait dire que l’exploration commence au moment où on ne peut plus rentrer chez soi avant la nuit : trop tard pour faire demi-tour, le cordon de sécurité invisible qui nous rattache au foyer est rompu. C’est ce fameux « pas » que Sam le Hobbit [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Article initialement publié sur <a href="http://www.merlanfrit.net">Merlanfrit.net</a></em></p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-1015" title="Eloge du feu de camp" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/WoWCampfire2.jpg" alt="" width="960" height="160" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">On pourrait dire que l’exploration commence au moment où on ne peut plus rentrer chez soi avant la nuit : trop tard pour faire demi-tour, le cordon de sécurité invisible qui nous rattache au foyer est rompu. C’est ce fameux « pas » que Sam le Hobbit hésite à faire au début de l’aventure, quand il sait qu’il n’aura alors jamais été aussi loin de chez lui.</p>
<p style="text-align: justify;">On pourrait dire aussi que l’exploration commence au moment où le paysage n’est plus déchiffrable en termes de points de repères et de lignes de vue familières : au moment où on ne peut plus se dire que la maison est juste à gauche du grand arbre après le ruisseau, parce qu’il y a trop d’arbres et trop de ruisseaux. Au moment où cette montagne dont on connaît par cœur la silhouette devient méconnaissable.</p>
<p><center><img class="size-full wp-image-1016 aligncenter" title="Tombée de la nuit dans Minecraft" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Minecraft2.jpg" alt="" width="590" height="415" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Les MMORPG et les jeux à « mondes ouverts » proposent de vastes étendues à explorer : des horizons brumeux et des destinations lointaines. Les distances se calculent alors comme autrefois, en durée : en nombre de jours de marche ou de chevauchée, c’est-à-dire en nombre de nuits passées en dehors du foyer, loin de toutes les commodités de gameplay qu’il propose (zone de sécurité, coffres pour ranger ses affaires, station de « crafting », services divers…). On pourrait alors compter les distances en nombre de feux de camp allumés en chemin.</p>
<p style="text-align: justify;">Le feu de camp c’est un peu un chez-soi temporaire ou portatif : une façon de marquer un point sur une carte où il n’y en a pas, de créer une destination intermédiaire, en attendant d’arriver quelque part. Le campement de fortune propose un gameplay de l’intervalle, entre deux donjons, et permet de vivre le temps et le rythme du voyage, et de prendre la mesure du chemin parcouru.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>PREMIÈRE ÉPOQUE : L&#8217;AGE DES CAVERNE</strong>S</p>
<p style="text-align: justify;">Dans <em>Minecraft</em>, le joueur commence tout nu : pas de maison, pas d’arme ni même d’outil, il en est réduit à couper des arbres à mains nues pour se fabriquer le minimum vital. Il doit faire vite car une fois la nuit tombée il sera à la merci des multiples monstres qui peupleront le monde. Contrairement à beaucoup d’autres jeux, <em>Minecraft</em> nous fait subir une nuit réellement noire : sans source de lumière, on n’y voit pas grand-chose, et on se fait facilement surprendre par le grognement d’un zombie qu’on n’avait pas vu venir. C’est alors une peur primale qui s’empare du joueur : il faut trouver un abri, vite, et s’y terrer en attendant les premières lueurs du matin qui chasseront les monstres et les ombres pleines de danger. Faute d’équipement, on se retrouve alors à gratter la terre avec ses ongles, pour se faire un trou que l’on refermera derrière soi avec quelques mottes, on est presque au stade de l’animal. Si on a de la chance, on aura trouvé un peu de charbon, et on pourra se fabriquer des torches pour éclairer notre caverne : quel soulagement, et quel progrès ! Les monstres n’apparaissent pas dans les zones suffisamment éclairées : pour peu qu’on ait pris soin de poser suffisamment de torches et de bien boucher les issues, on est tranquille pour la nuit.</p>
<p><center><img class="size-full wp-image-1017 aligncenter" title="Sans feu, l'obscurité est presque complète dans Minecraft" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Minecraft1.jpg" alt="" width="600" height="395" /></center></p>
<p>Ainsi quand le joueur part en exploration dans <em>Minecraft</em>, il emporte toujours son lot de torches avec lui, et on pourrait suivre son périple en suivant les cavernes plus ou moins aménagées qu’il laisse derrière lui. Quand il est mieux outillé, ces cavernes primitives deviennent même de véritables camps de base comme on en ferait au pied d’un sommet qu’on s’apprête à gravir : le joueur y construit un atelier pour renouveler ses outils, un four pour transformer les matières premières récoltées, un coffre pour les entreposer, un lit pour sauvegarder son point de respawn… De loin, le four et les torches rougeoient et servent de point de repère rassurant. Puis quand le périmètre n’a plus rien à offrir, le joueur remballe toutes ses installations et repart s’installer ailleurs, laissant, s’il est prévoyant, un monticule de pierres surmonté d’une torche – ou tout autre signe de son invention – pour se souvenir qu’il est passé par ici. Explorer c’est construire le paysage, le rendre lisible : marquer de croix et de pointillés le monde comme une carte grandeur nature. Pas étonnant que les monstres les plus redoutables soient des créatures qui « déconstruisent » : les creepers qui explosent et volatilisent le terrain, ou les endermen qui en subtilisent des portions pour les déposer ailleurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Le feu dans <em>Minecraft</em> est vital, essentiel : sans lui, pas de survie la nuit, pas de points de repère que l’on peut guetter de loin, et donc, pas d’exploration. L’exploration est ici une guerre du feu, une conquête de territoire par la lumière, littéralement.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>DEUXIÈME ÉPOQUE : LE COWBOY PRESSÉ</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le feu de camp aurait pu être un élément essentiel dans un jeu « western ». On imagine sans peine le réconfort qu’il pourrait constituer au milieu des étendues désertes qui séparent les petites villes. Le héros aurait pu dormir à côté sans crainte des animaux sauvages la nuit, ou encore y faire cuire du gibier de fortune ou une boîte de haricots, ou même dégainer l’harmonica. Il aurait pu soigner ses blessures et cautériser ses plaies à la virile, ou bien se préparer des décoctions de plantes des montagnes s’il était plus douillet. Autant d’occasions de gameplay manquées, d’occasions loupées de faire exister les distances et les durées, dans <em>Red Dead Redemption</em>, le jeu de cow-boys qui rate complètement son rendez-vous avec le feu de camp.</p>
<p><center><img class="size-full wp-image-1018 aligncenter" title="Le feu de camp sans gameplay de Red Dead Redemption" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/RDR1.jpg" alt="" width="800" height="450" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Le feu de camp existe pourtant, mais n’a qu’une seule utilité : celle de zapper les trajets. Le joueur indique la destination désirée sur sa carte, ordonne à son cow-boy d’installer un feu de camp, et hop ! Le temps d’une cutscene il se retrouve arrivé à bon port. Ceci n’ayant aucun « coût », le joueur peut l’utiliser systématiquement, perdant ainsi toute notion de longueur de trajet, de solitude de la chevauchée, et surtout tout le côté « cinémascope » de la contemplation des horizons sans fin. C’est un non-sens pour le western. Un non-sens déjà présent dans la gestion sans queue ni tête des chevaux. Le cheval était le bien le plus précieux du cowboy : perdre son cheval en plein désert, c’était la mort assurée. C’était parfois un compagnon de route qui avait un nom, une extension de soi qui rendait le héros reconnaissable : l’homme au cheval noir, au cheval blanc, au poney indien… Le cheval était précieux, et les voleurs ou tueurs de chevaux étaient pendus. Dans RDR au contraire, le cheval est jetable : on le tue sans faire exprès, peu importe, on peut le dépecer et en siffler un autre, qui accourra, magiquement.</p>
<p style="text-align: justify;">Le jeu propose d’autres moyens de transport : l’histoire se situe en 1911, et on veut nous montrer la fin de l’ère des cowboys. Le héros peut donc emprunter le train qui relie entre eux les îlots de civilisation. On a aussi l’occasion d’utiliser la diligence ou des chariots divers, et même, plus tard dans l’aventure, de croiser une automobile. Mais si Marston est un homme du passé, qui ne peut survivre à ce changement d’époque, pourquoi est-il si pressé ? Pourquoi ne se sent-il pas chez lui au milieu des grandes plaines, pourtant le seul endroit où il devrait se sentir libre, sans famille, sans mission ? Pourquoi le jeu n’invite-t-il pas le joueur à se sentir chez lui quand il est au milieu de nulle part ? N’est-ce pas contradictoire avec la célébration nostalgique du Western en fin de gloire ? Dans RDR le gameplay travaille bizarrement contre son propre univers. Le feu de camp y est la négation de l’exploration.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>TROISIÈME ÉPOQUE : LE KIT DE FEU DE CAMP CUSTOMISABLE</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant le feu de camp est loin d’être antinomique avec l’idée de modernité motorisée : le MMORPG <em>Star Wars Galaxies</em> (qui sera malheureusement arrêté en décembre prochain &#8211; voir à ce sujet <a href="http://www.raphkoster.com/2011/06/24/swg-is-shutting-down/">le mot de son designer, Raph Koster</a>) en propose une version totalement futuriste. L’établissement d’un campement en pleine nature est l’une des nombreuses compétences que les joueurs peuvent acquérir, et comme toutes les compétences elle s’améliore par la pratique, permettant l’accès à des campements de plus en plus élaborés. On commençait par un simple feu de bois près d’une toile de tente, et on finissait avec une véritable base comprenant aussi bien des stations de crafting et de clonage, que des commerçants ou des recruteurs de l’Empire. De quoi réellement organiser toutes sortes de scénarios, de la partie de chasse au commando en mission. Le positionnement du camp devenait alors vraiment stratégique en fonction de l’objectif des joueurs, d’autant plus qu’il avait une durée de vie au bout de laquelle il disparaissait.</p>
<p><center><img class="aligncenter size-full wp-image-1019" title="L’une des versions les plus avancées du campement de joueurs dans Star Wars Galaxies" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/camps8.jpg" alt="" width="800" height="600" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Le jeu offrait une extraordinaire liberté d’exploration puisqu’on pouvait y voyager sur de multiples planètes différentes, plus ou moins hospitalières. Chacune possédait des villes et de grandes étendues sauvages, et parfois au fin fond de la map, des bases secrètes rebelles. Mais surtout le jeu permettait aux joueurs de construire leurs propres maisons, boutiques et bâtiments officiels, dont le campement n’était qu’une version limitée et temporaire. A moins qu’au contraire ces structures ne soient simplement une version améliorée et durable du campement puisqu’on pouvait les « désinstaller » pour déménager. Les joueurs pouvaient même s’approprier le sous-sol des planètes, grâce à des stations d’extraction à poser soi-même.</p>
<p style="text-align: justify;">Une telle maîtrise du terrain était exceptionnelle. Il n’en est pas question par exemple dans <em>World of Warcraft</em>, mais ce dernier jeu propose toutefois à n’importe quel joueur d’allumer un feu de bois n’importe où. Le feu procure un bonus, comme s’il réchauffait ; il permet de faire cuire de la nourriture. Il n’est généralement pas très utile ni efficace, mais c’est malgré tout une des seules possibilités pour les joueurs d’organiser l’espace, de créer un point de rassemblement, et d’avoir un impact – temporaire &#8211; sur l’environnement.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans SWG les joueurs n’étaient plus des touristes dans un monde préfabriqué, à la façon des attractions dans lesquelles on traverse en canot une série de tableaux pittoresques : il était vraiment possible de prendre possession du monde, de le façonner, de s’y installer. Il était possible de partir explorer pendant des semaines sans voir la civilisation, en dormant sous la tente. Il était possible de trouver une vallée accueillante et d’y construire un village. Finalement ce MMORPG de science-fiction avait un gameplay bien plus « western » que RDR.</p>
<p><center><img class="aligncenter size-full wp-image-1020" title="Soirée &quot;roleplay&quot; autour d’un feu de camp dans World of Warcraft" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/WoWCampfire.jpg" alt="" width="700" height="461" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Le feu de camp symbolise tout cela : la volonté et la possibilité de s’immerger totalement dans un monde, d’y passer du temps. Le gameplay du feu de camp est celui des creux et des intervalles ; c’est pour les joueurs le désir très « roleplay » de ne pas courir après les objectifs, mais plutôt de prendre le temps d’être un habitant d’un monde imaginaire ; c’est pour les concepteurs la volonté de raconter une aventure au long cours, dans laquelle les moments de calme sont aussi importants que l’épopée.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Se faire tout petit</title>
		<link>http://www.sachka-blog.com/se-faire-tout-petit-994</link>
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		<pubDate>Mon, 31 Oct 2011 14:59:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sachka</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse-minute]]></category>
		<category><![CDATA[Jeu vidéo]]></category>

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		<description><![CDATA[
<p>Article initialement publié sur Merlanfrit.net</p>
<p></p>
<p>Les nuits sont plus longues, on allume les lampes  en rentrant chez soi. Dans la rue les ombres grandissent, l’horizon  s’arrête à quelques pas : tout semble plus petit, resserré autour des  sources de lumière. C’est l’époque d’Halloween, et même si on ne le fête  pas, on n’y [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="text-align: justify;">
<p><em>Article initialement publié sur <a href="http://merlanfrit.net/Se-sentir-petit">Merlanfrit.net</a></em></p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-995" title="Costume Quest" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/LogoHalloween.jpg" alt="" width="960" height="160" /></center></p>
<p><strong>Les nuits sont plus longues, on allume les lampes  en rentrant chez soi. Dans la rue les ombres grandissent, l’horizon  s’arrête à quelques pas : tout semble plus petit, resserré autour des  sources de lumière. C’est l’époque d’Halloween, et même si on ne le fête  pas, on n’y échappe pas dans le jeu vidéo : les uns sortent leurs plus  belles <em>maps</em> décorées de citrouilles, les autres leurs quêtes  saisonnières pour gagner des bonbons qui vous changent en troll. Il y a  un an, Double Fine sortait <em>Costume Quest</em> sur le XBLA (à présent  disponible sur PSN et Steam), un petit jeu qui captait à merveille  l’esprit de ce moment : non pas l’attrait du gore, non pas les histoires  de fantômes, mais plutôt la sensation enfantine de se sentir petit,  trop petit, dans un monde trop grand, familier mais devenu étrange et  plein de recoins obscurs…</strong></p>
</div>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-996" title="Costume Quest (2010)" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Halloween1.jpg" alt="" width="520" height="520" /></center></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Costume Quest</em> raconte l’histoire d’un frère et d’une sœur qui,  dûment costumés, partent faire leur tournée de « Trick or treat » dans  le voisinage. Mais la tournée est compromise par l’arrivée d’une bande  de méchants « Grubbins » décidés à emporter tous les bonbons dans leur  monde, et qui kidnappent l’un des enfants au passage. On se lance alors à  leur poursuite, aidé par quelques amis et surtout par les différents  costumes d’Halloween que l’on se fabrique en chemin. Faits de cartons,  papier alu et bouts de ficelle, ces costumes se révèlent pourtant dotés  de pouvoirs extraordinaires dès que l’on passe en mode combat,  c’est-à-dire, bien sûr, dès que l’on entre dans le « jeu » des enfants,  qui se transforment comme des super héros de <em>sentai</em>. Dans le feu de l’action, le robot lance « vraiment » des lasers et la licorne fait « vraiment » des arcs-en-ciel.</p>
<p><center><br />
<h5>la suspension d’incrédulité propre à l’enfance fait le charme du jeu</h5>
<p></center></p>
<p style="text-align: justify;">C’est la suspension d’incrédulité propre à l’enfance qui fait le  charme du jeu, en reposant sur une mise en abyme : on pourrait être un  adulte qui joue un robot géant comme dans d’autres jeux ; mais on est un  adulte qui joue un enfant qui joue à être un robot. On n’est pas dupe,  et cette distance introduit ce qu’il faut de nostalgie dans la course  aux costumes et aux bonbons. Tous les mécanismes de jeu semblent être un  peu « pour rire », il n’y a pas vraiment de défi, pas de profondeur  dans le <em>gameplay</em>. On collectionne les images cracra et les  bonbons pour le plaisir, ça ne sert à rien ou presque : on fait  semblant, on se prend au jeu.</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-997" title="Costume Quest - le robot" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Halloween6.jpg" alt="" width="520" height="520" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est un réel plaisir de se promener dans les rues mordorées,  parsemées de tas de feuilles mortes, à la nuit tombée, à la lueur  rassurante des réverbères, à une heure où on devrait normalement être  interdit de sortie. Le décor familier devient terrain d’aventures : on  fouille les poubelles, on disperse les tas de feuilles pour espérer  découvrir des bonbons brillants. Et parfois des passages secrets  apparaissent !</p>
<p style="text-align: justify;">Par rapport aux normes classiques il y a une inversion d’échelle entre l’<em>overworld</em> et la zone de combat . On aurait normalement d’un côté une « carte du  monde » sur laquelle seraient indiqués les points intéressants – ville,  donjon, clairière… ; et de l’autre côté des portions d’espace « zoomés »  pour les phases de combat, à l’échelle des personnages. Ici c’est le  contraire : le quartier résidentiel des enfants fait office d’<em>overworld</em> sous la forme d’un réseau de rues dans lesquelles chaque maison  représente une zone de combat potentiel. Et quand on passe en phase de  combat, on « dézoome » pour apercevoir la ville entière, les collines  alentours : les personnages transformés par leurs costumes deviennent  gigantesques et l’affrontement épique.</p>
<p><center><br />
<h5>le monde finit au coin de la rue</h5>
<p></center></p>
<p style="text-align: justify;">A la fin du combat, l’aventure reprend ses minuscules proportions d’une histoire de gamins du quartier. Cette astuce de <em>design</em> évoque à merveille la perception d’un enfant : le monde finit au coin  de la rue et se résume à quelques repères bien connus : la maison des  parents, celles des copains, le square, le centre commercial… Plus loin  dans l’histoire les personnages se retrouvent projetés dans la dimension  des Grubbins, mais la géographie du monde reste exactement la même : un  petit réseau de rues bordées de maisons.</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-998" title="Psychonauts (2005)" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Halloween2.jpg" alt="" width="520" height="520" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">D’autres jeux vidéo ont joué de ces rapports d’échelle modifiés pour  évoquer l’enfance, avec une nostalgie parfois sereine, parfois un peu  morbide. Double Fine proposait déjà dans <em>Psychonauts</em> d’explorer l’esprit  des gens : le héros pouvait s’y transporter, et tenter de comprendre les  névroses de son hôte en voyageant dans son chaos mental. On se  retrouvait entre autres dans la chambre d’enfant d’un professeur, avec  un lit immense, des cubes et des jouets géants qui formaient un décor  familier en apparence mais difficile d’accès en pratique, à l’image d’un  souvenir refoulé. On finissait par découvrir ce souvenir traumatisant  tout au bout du parcours.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans <em>Alice : Madness Returns</em> (<a href="http://www.sachka-blog.com/world-war-in-a-doll-head-982">voir notre article dédié</a>),  tout un chapitre se situe dans un univers fait de maisons de poupées  dans lesquelles Alice a la taille d’un jouet. Les couleurs sont sucrées,  on y trouve de nombreux berceaux, ici aussi des cubes pour bébés. Il y a  un joli papier peint à fleurs, des rideaux à dentelle aux fenêtres, des  portraits aux murs. Posés à même le plancher des parts de gâteaux  géants, au glaçage appétissant…</p>
<p><center><br />
<h5>un monde trop grand pour lui et dont les bonbons sont des pièges : un monde d’adultes</h5>
<p></center></p>
<p style="text-align: justify;">Et puis si on regarde de plus près, on s’aperçoit que les gâteaux  sont pleins de cafards et d’insectes dont les pattes dépassent  hideusement. Les chandeliers sont des jambes féminines. Les berceaux  sont décorés par de grands yeux fixes. L’enfance que l’on découvre ici  est bel et bien morte et meurtrie. Le joueur dans la peau de son  minuscule avatar se sent impuissant devant un monde trop grand pour lui  et dont les bonbons sont des pièges : un monde d’adultes.</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-999" title="Alice : Madness Returns (2011)" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Halloween3.jpg" alt="" width="520" height="520" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Beaucoup moins sinistres mais tout aussi nostalgiques sont les gâteaux du jeu <em>Pikmin</em>,  dont on fêtait justement les 10 ans le 26 octobre dernier. On incarne  Olimar, un petit astronaute venu d’ailleurs dont le vaisseau s’est  écrasé sur une planète qui ressemble fortement à un jardin terrien – la  petite histoire veut qu’il soit inspiré de celui de l’auteur, Miyamoto.</p>
<p><center><br />
<h5>ces souvenirs qui nous sont devenus « aliens », étrangers et fanés</h5>
<p></center></p>
<p style="text-align: justify;">Olimar, aidé par les Pikmins, se met en quête d’éléments pour réparer  sa fusée, et ce faisant fouille les recoins et souterrains du jardin,  qui se révèlent bondés de trésors divers. Ces trésors sont des  chocolats, mais aussi toutes sortes de « souvenirs » : de vieux jouets  en bois, un xylophone, une chaussure de bébé, des crayons, un yoyo, des  boîtes de conserve aux étiquettes rétro… Autant de vestiges du passé aux  proportions démesurées – il faut plusieurs Pikmins pour les soulever &#8211;  de souvenirs d’enfance qui sont parfois ceux de Miyamoto, parfois des  clins d’œil aux souvenirs des joueurs puisqu’on peut par exemple  déterrer une <em>Game &amp; Watch</em> ou des bijoux en plastique qui évoquent ceux de la princesse Peach.</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-1000" title="Pikmin 2 (2004)" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Halloween4.jpg" alt="" width="520" height="520" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Il y a quelque chose de réellement mélancolique dans cette  exploration et cette mise au jour d’objets perdus dans la terre, sous  une racine… Quelque chose d’un peu triste aussi, malgré l’humour des  descriptions qu’Olimar note pour chaque objet : ils seront tous vendus  pour quelques pièces à son retour chez lui, comme autant de camelote  sans valeur sentimentale. Faut-il y voir une image de l’attitude de  Nintendo qui capitaliserait éternellement sur le sentimentalisme des  vieux joueurs ?&#8230; Probablement pas, mais l’idée est tentante. Ce point  de vue lilliputien de l’extra-terrestre Olimar est en tout cas très  juste : il nous invite à regarder autrement ces souvenirs qui nous sont  devenus « aliens », étrangers et fanés.</p>
<p style="text-align: justify;">L’univers enfantin, plein de jouets et de sucreries disproportionnés  est vraiment l’une des fantaisies classiques du jeu vidéo (qui n’a rien  inventé d’ailleurs si l’on pense à Casse-Noisette, Hansel et Gretel, ou  Pinocchio par exemple) que l’on retrouve mise en scène dans des <em>platformers</em> aux niveaux bariolés comme <em>Super Mario</em>, ou <em>Zool</em>,  dont Chupa Chups était le sponsor. Mais un bonbon n’est jamais si bon  que lorsqu’il faut le disputer aux fantômes. Finalement c’est peut-être  ça, l’esprit d’Halloween : se sentir petit à la lueur des bougies,  pendant un jour faire de son chez-soi un espace de jeu, le rendre  étrange et inquiétant, et le décorer de toiles d’araignées pour se  souvenir que tout passe, même les jeux et les bonbons.</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-1001" title="Zool (1992)" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Halloween5.jpg" alt="" width="520" height="520" /></center></p>
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		<title>World War in a Doll Head</title>
		<link>http://www.sachka-blog.com/world-war-in-a-doll-head-982</link>
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		<pubDate>Fri, 28 Oct 2011 11:11:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sachka</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse-minute]]></category>
		<category><![CDATA[Jeu vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[Narration]]></category>

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		<description><![CDATA[
<p>Article initialement publié sur Merlanfrit.net à l&#8217;occasion de la thématique &#171;&#160;Underdogs&#160;&#187; (lire l&#8217;édito &#171;&#160;Pour le jeu mineur&#160;&#187; )
</p>
<p>Le jeu Alice : Madness Returns et le film Sucker Punch (Zack Snyder) sont sortis pratiquement en même temps début 2011, et  partagent bien des points communs : critiques mitigées au mieux, forte  esthétisation souvent citée comme le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="text-align: justify;">
<p><em>Article initialement publié sur <a href="http://www.merlanfrit.net">Merlanfrit.net</a> à l&#8217;occasion de la thématique &laquo;&nbsp;Underdogs&nbsp;&raquo; (lire l&#8217;édito &laquo;&nbsp;<a href="http://www.merlanfrit.net/Pour-le-jeu-mineur">Pour le jeu mineur</a>&nbsp;&raquo; )</em><br />
<center><img src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Alice_Logo.jpg" alt="" title="Alice / Sucker Punch" width="960" height="160" class="alignnone size-full wp-image-990" /></center></p>
<p>Le jeu <strong><em>Alice : Madness Returns</em></strong> et le film <strong><em>Sucker Punch</em></strong> (Zack Snyder) sont sortis pratiquement en même temps début 2011, et  partagent bien des points communs : critiques mitigées au mieux, forte  esthétisation souvent citée comme le cache-misère d’une pauvreté de  fond, héroïne mi-girly mi combattante, étiquette &laquo;&nbsp;émo-gothico-steampunk&nbsp;&raquo;  qui semble faire obstacle à toute interprétation poussée… Snyder décrit  d’ailleurs son film comme &laquo;&nbsp;<em>Alice in Wonderland with machine guns</em>&laquo;&nbsp;,  ce que le jeu d’American McGee est, très exactement (un poivrier  faisant office de fusil mitrailleur). De plus beaucoup de critiques ont  comparé le film à un jeu vidéo – comparaison péjorative bien sûr, la  partie « with machine guns » étant la marque du mauvais goût et du  manque de raffinement qui caractériserait le jeu vidéo. Les deux œuvres  résistent pourtant à tous ces préjugés et gagnent à être connues pour  leur mise en scène du combat entre aliénation et foi en soi-même.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-983" title="Asile" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Alice_1.jpg" alt="" width="500" height="350" /></center></p>
<p>Le parallélisme des scénarios est frappant : dans les deux cas l’héroïne  est orpheline, elle vient de perdre sa sœur chérie dans un accident  dont elle se rend responsable ; elle est placée dans un établissement  psychiatrique sordide, et tombe sous la coupe d’un antagoniste aux  penchants pédophiles ; elle devra alors chercher en elle-même la force  de confronter tout ce qui la hante : les deux œuvres racontent ce voyage  psychique à travers différents univers fantasmés qui se superposent à  la réalité.</p>
<p>Quand le jeu et le film commencent, Alice et Baby Doll sont au stade  le plus grave de leur névrose, en état de totale impuissance.  Silencieuses : Alice est restée catatonique pendant des mois, Baby Doll  ne prononce pas un mot pendant quasiment les vingt premières minutes de  film. Elles ont perdu tout libre-arbitre, elles sont manipulées par les  figures d’autorité : tuteur, médecin, infirmier en chef… Elles se voient  alors comme des poupées, gracieuses, inanimées, absentes : l’esprit  reflue hors du corps pour se mettre hors d’atteinte. <strong>La poupée,  métaphore de la femme-objet, est utilisée plus ou moins littéralement au  fil des deux histoires.</strong></p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-984" title="Réalité alternée en rose" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Alice_2.jpg" alt="" width="500" height="350" /></center></p>
<p>SOME OF THEM WANT TO ABUSE YOU / SOME OF THEM WANT TO BE ABUSED</p>
<p>Dans <em>Sucker Punch</em> on a le « nom de scène » de l’héroïne, Baby  Doll, et son apparence physique irréelle – sa blondeur, son teint pâle,  ses immenses faux cils… On a les jolis costumes pailletés dans la  version de la réalité où le cabaret aux tons dorés se surimpose à  l’asile psychiatrique. On a cette réplique du directeur qui parle des  filles qu’il fournit aux clients comme de « jouets » : « <em>You know  what it feels like ? Like I’m this little boy, sitting in the corner of  the sandbox while everyone gets to play with my toys, but me. So I’m  going to take my toys…</em>”</p>
<p>Dans <em>Alice</em> <strong>le motif de la poupée est beaucoup plus  obsédant, puisqu’on le retrouve dans le design des monstres et du décor,  mais aussi dans certaines phases de gameplay</strong>. Les ennemis  récurrents sont tous des créatures noires informes affublées de têtes de  poupées en porcelaine sans yeux. L’un des très nombreux univers visités  est constitué de maisons de poupées imbriquées, et même de poupons  géants, plus ou moins dénudés : des portes et des tunnels s’ouvrent  entre leurs jambes ou à travers leur tête, distillant le malaise avant  même qu’on découvre le viol pédophile dont la sœur d’Alice a été victime  avant sa mort.</p>
<p>Puis au fil du jeu, la menace réifiante des poupées se fait plus  pressante lorsqu’au lieu d’être projetée sur le monde, elle devient  intime : Alice est transformée tout entière en une tête de poupée, sans  corps, les cheveux rasés, et doit être manipulée par le joueur à coups  de maillet ou de canon, dans certains phases de gameplay à mi-chemin  entre croquet et flipper. Enfin, c’est au terme de la traversée d’une  sinistre fabrique de poupées vivantes que l’on affronte le « boss » du  jeu : le « <em>doll maker</em> », version fantasmée du psychiatre qui,  comme on le découvre alors, se livrait à la prostitution d’enfants dans  le monde réel. Pour parvenir à ses fins il utilisait son statut pour  effacer les souvenirs des jeunes patients et les rendre dociles. De même  dans <em>Sucker Punch</em>, Baby Doll subit une lobotomie afin de devenir le jouet parfait entre les mains du gérant de l’asile.</p>
<p>Ainsi <strong>les deux œuvres mêlent subtilement différents niveaux  de réalité, passant de l’aliénation mentale à l’aliénation sociale par  écho et métaphore</strong>, et dessinent en creux l’image d’un ennemi  tellement plus difficile à combattre qu’un ennemi matériel : le combat à  livrer sera donc essentiellement fantasmé.</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-985" title="Poupée brisée" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Alice_4.jpg" alt="" width="500" height="350" /></center></p>
<p>AND IF YOU COMPLAIN ONCE MORE YOU&#8217;LL MEET EN ARMY OF ME</p>
<p>En effet l’affrontement est littéralement représenté par des phases  de combat armé mises en scène dans un cadre imaginaire. De ce point de  vue le film <em>Sucker Punch</em> évoque vraiment le découpage <em>cinématique dialoguée/gameplay d’action</em> que l’on trouve traditionnellement dans un jeu vidéo, chaque « niveau »  se terminant par l’obtention d’un item validant la mission. Bien loin  du cabaret-asile, l’héroïne et ses acolytes doivent affronter des  samouraïs géants, des nazis zombies, des dragons et des robots : tout  une fantasmagorie émanant de la culture « geek » dont <a rel="external" href="http://www.filmschoolrejects.com/features/interview-zack-snyder-on-the-sexuality-and-world-of-sucker-punch.php">Snyder souhaitait dénoncer le sexisme</a>.</p>
<p>Alice, elle, se trouve aux prises avec les « ruins » à tête de poupée  et des créatures inspirées du livre de Lewis Carroll, dans un combat  qui évoque des peurs plus intimes et des souvenirs d’enfance. Certains  sont des souvenirs heureux, d’autres évoquent le carcan qu’est la  société victorienne, comme le motif du thé, indissociable de l’univers  d’Alice, avec toutes ses connotations – colonies, commerce, capitalisme,  bienséance, rituels de la bonne société… &#8211; qui est spécialement bien  exploité dans le jeu (la théière est à la fois une arme et un ennemi,  les jets de vapeur permettent de s’élever dans les airs, le décor est  parfois fait de services à thé en porcelaine, etc.). Il s’agit dans le  cas d’Alice d’une véritable exploration de son subconscient malade : on  court après le refoulé (matérialisé par un train-cathédrale qui file à  toute vitesse) sans être sûr qu’on a raison de vouloir savoir. Quand  Alice rétrécit, elle distingue des marelles-plateformes et des messages  enfantins tracés à la craie invisible, et elle peut se faufiler dans des  trous de serrure pour accéder à des souvenirs cachés. <strong>Le level  design onirique vient habilement souligner cette impression de fuite  sans fin, avec des niveaux très longs mais aussi très étirés, très  aériens</strong> – Alice ayant la capacité d’effectuer des triple-sauts  dans le vide, de flotter sur de longues distances grâce à sa jupe, ou de  faire des bonds en avant sous la forme d’un essaim de papillons. Tout  ceci favorise également l’esquive et le combat à distance plutôt que la  confrontation directe. Certains parleraient d’un gameplay « féminin »…</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-986" title="Sucker Punch" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Sucker-Punch-Photo-1.jpg" alt="" width="1280" height="852" /></center></p>
<p>GO ASK ALICE WHEN SHE&#8217;S TEN FEET TALL</p>
<p>Un autre point commun très intéressant entre les deux œuvres est <strong>l’éclatement de la figure de l’héroïne qui s’incarne en différents avatars, successivement ou simultanément</strong>,  afin d’illustrer le combat intérieur qu’elle doit mener. Alice a sa  version « réelle » et sa version « Wonderland » qui change d’apparence  selon l’environnement dans lequel elle se trouve. Elle a sa version  « petite » et sa version « géante ». Elle a également une version 2D  quand elle doit pénétrer dans un tableau. Elle a sa version « tête de  poupée » qu’on a déjà évoquée, et elle a sa version « hystérie » &#8211; en  noir et blanc, sans regard – lorsqu’elle est en danger de mort  imminente. La reine de cœur semble également être un double d’Alice, et  on en vient même à explorer l’intérieur de son corps et de ses organes,  comme pour mieux se demander « qui suis-je ? ».</p>
<p>De même dans <em>Sucker Punch</em> Baby Doll change d’apparence pendant  les phases guerrières, même si le changement est subtil : costume plus  sombre, plus sexy et « bad ass », chevelure plus longue et fournie – la  puissance érotique amplifie la puissance guerrière, à la manière de  Bayonetta. C’est vrai pour Alice aussi : si elle est chétive et maladive  dans la réalité, elle est fraîche et apprêtée, les cheveux longs, dans  Wonderland.</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-987" title="Alice en Orient" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Alice_9.jpg" alt="" width="856" height="548" /></center></p>
<p>TURN OFF YOUR MIND, RELAX AND FLOAT DOWN STREAM&#8230; IT IS NOT DYING IT IS NOT DYING</p>
<p>L’éclatement de l’héroïne va plus loin dans <em>Sucker Punch</em>,  quand on finit par réaliser que Baby Doll et Sweet Pea, la « meneuse »  des prisonnières du cabaret-asile, sont une seule et même personne, ou  plutôt sont métaphoriquement les deux facettes d’un même personnage.  Cela n’est jamais dit, seulement suggéré par le prologue, et simplement  montré au cours de plusieurs séquences dans lesquelles l’une rejoue  exactement une séquence vécue par l’autre, sur une scène de théâtre,  parfois même avec une perruque pour mieux se ressembler. Toutes les  séquences imaginaires font en réalité partie de la thérapie du Docteur  Gorski, qui demande aux patientes de prendre le pouvoir sur le monde par  l’imagination, pour surmonter leurs angoisses.</p>
<p>Le film repose sur une construction en abyme extrêmement  sophistiquée, qui révèle finalement que le personnage principal n’était  pas celui qu’on croyait. Tout est fait pour faire croire au spectateur  que les séquences oniriques se passent dans la tête de Baby Doll au  moment où elle va subir une lobotomie : une évasion en pensée désespérée  comme dans <em>Brazil</em>… En réalité, ceci et le reste se passe  probablement dans la tête de Sweet Pea, qui romance pour elle-même son  histoire afin de trouver le courage de s’évader. Baby Doll est son  « ange » comme elle le dit en voix off dans le prologue, elle est la  personnification de sa force intérieure, une projection imaginaire  idéale destinée à lui donner foi en elle-même : elle est presque une  allégorie de l’inspiration au sens fort, elle dont la danse a le pouvoir  d’hypnotiser son public. « <em>I’m the star of the show</em> » dit Sweet Pea, presque sa réplique d’entrée. « <em>This was never my story</em> »  dit Baby Doll, presque sa dernière réplique. Une fois que Sweet Pea s’est finalement échappée, Baby Doll, son double  imaginaire, peut subir sa lobotomie en souriant : sa mission est  accomplie, elle peut disparaître.</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-988" title="Alice rapetisse" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Alice_8.jpg" alt="" width="856" height="548" /></center></p>
<p>Pour Alice en revanche les choses resteront indécises, en  demi-teinte : ses différentes incarnations la rendent parfois plus  puissante – quand, devenue géante, elle peut piétiner des châteaux  entiers, parfois plus faible – quand elle est réduite à une simple tête  ballotée comme une balle. Son voyage à travers ses propres cauchemars,  dans Wonderland, lui permet finalement de redécouvrir la vérité sur ce  qui est arrivé à sa famille et à sa sœur, sur l’identité du coupable ;  il lui permet même de réunir la rage et le courage nécessaires pour tuer  ce dernier en le poussant sous un train, comme Baby Doll qui poignarde  finalement son gardien. Mais Alice ne s’est pas tout à fait trouvée  elle-même au cours de son périple, et elle reste à la fin du jeu dans  « Londerland », un mélange indéfini entre Londres et Wonderland.</p>
<p>Alice, le personnage comme le jeu, n’a pas la flamboyance de Baby Doll et de <em>Sucker Punch</em>.  Le jeu reste magnifique d’inventivité et de subtilité, mais reste en  arrière par sa réalisation technique vieillotte, qui le rend parfois  trop rigide et trop classique. Le personnage reste un peu fragile et  instable, immature, insuffisamment développé ; le dénouement n’est  qu’une demi-victoire aux amères révélations, et la narration semble un  peu en friche. Mais ces fêlures et ces rouages mal huilés, dans le  gameplay, la technique, le scénario ou dans le personnage, c’est aussi  ce qui leur confère le charme indéfinissable de l’<em>underdog</em>.</p>
</div>
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		<title>Je suis un Merlanfrit</title>
		<link>http://www.sachka-blog.com/je-suis-un-merlanfrit-973</link>
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		<pubDate>Wed, 26 Oct 2011 21:27:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sachka</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Analyse-minute]]></category>
		<category><![CDATA[Jeu vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[Presse]]></category>
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		<description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Comme dit le dicton, à plusieurs on fait un plus gros poisson.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est pourquoi nous nous sommes lancés dans l&#8217;aventure &#171;&#160;Merlanfrit&#160;&#187; : un site qui parle de jeu vidéo, en préférant l&#8217;analyse et le recul à la fiche technique. Les personnes qui y contribuent se sont connues sur certains sites spécialisés ou [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Comme dit le dicton, à plusieurs on fait un plus gros poisson.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est pourquoi nous nous sommes lancés dans l&#8217;aventure &laquo;&nbsp;<a href="http://merlanfrit.net">Merlanfrit</a>&nbsp;&raquo; : un site qui parle de jeu vidéo, en préférant l&#8217;analyse et le recul à la fiche technique. Les personnes qui y contribuent se sont connues sur certains sites spécialisés ou via une participation au Cahiers du Jeu Vidéo, et ont finalement décidé de rassembler leurs plumes. Je suis particulièrement fière de faire partie des rédacteurs en chef, et j&#8217;espère que le site réussira à occuper une place qui est restée bien vide jusqu&#8217;ici, tant les <em>game studies</em> sont encore méconnues ou mésestimées en France.</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-974" title="Fais pas ces yeux de merlan frit" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/moonfish.jpg" alt="" width="499" height="281" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">A l&#8217;avenir une partie des billets que je poste ici seront d&#8217;abord publiés là-bas, en fonction des thématiques que Merlanfrit décidera d&#8217;aborder. Depuis le lancement il y a une semaine, plusieurs de ces thématiques ont déjà été lancées, avec de très beaux textes que je vous invite à découvrir.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais quel est le projet derrière ce site ? Lisez plutôt le communiqué rédigé par <a href="http://merlanfrit.wordpress.com/">Martin Lefebvre</a> :</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<blockquote>
<div>
<p><em><strong><a href="http://www.merlanfrit.net/">www.merlanfrit.net</a> nouveau site d&#8217;analyse du jeu vidéo, pour des critiques ludophiles et des game studies à la française.</strong></em></p>
<p><em><strong>Lancement du site le 20 octobre 2011, avec un dossier thématique consacré au très controversé L.A. Noire, suivi d&#8217;un dossier &laquo;&nbsp;Underdogs&nbsp;&raquo; qui prendra la défense de jeux de série B à partir de lundi 24 octobre 2011.</strong></em><br />
<center><img alt="" src="http://www.merlanfrit.net/squelettes/images/MF-logo-3.png" title="Merlanfrit" class="alignnone" width="580" height="113" /></center></p>
<h4>Un de plus ?</h4>
<p>Peut-être, mais Merlanfrit.net est habité par des critiques.</p>
<h4>Des critiques ?</h4>
<p style="text-align: justify;">Curieuse  créature que le critique ! La gueule pleine d&#8217;œuvres, cette étrange  bête à tête de poisson lanterne s&#8217;intéresse à tout, va fouiner dans les  recoins les plus obscurs des ludothèques. Elle a parfois la dent dure,  mais sait surtout que pour apprécier sa proie il s&#8217;agit de bien la  mâcher. Quoique d&#8217;une gourmandise presque pathologique, le critique  n&#8217;est pas prosélyte, et il sait recracher ce qui n&#8217;est pas à son goût ;  il n&#8217;est pas du genre à avaler la bête toute entière, arrêtes comprises.  Mais ce n&#8217;est pas pour autant un triste sire : il sait apprécier la  perle sous les apparences rugueuses de l&#8217;huître. Il jette de ses yeux  globuleux un regard parfois oblique, mais qui se veut toujours  éclairant. Avec sa langue râpeuse, il lui arrive d&#8217;employer des mots  compliqués, mais c&#8217;est parce qu&#8217;insupportable cuistre, le critique  s&#8217;intéresse aussi à la littérature, au cinéma, ou aux sciences humaines.</p>
<h4>C&#8217;est bien joli votre histoire de critique, mais qui se cache derrière ces masques de poissons ?</h4>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes un collectif d&#8217;amateurs de jeu vidéo, formé au fil de  rencontres, autour de sites vidéoludiques indépendants comme  Planetjeux.net, ou bien à travers une participation à la revue Les  Cahiers du jeu vidéo. Nous venons d&#8217;horizons différents : certains  d&#8217;entre nous travaillent dans l&#8217;industrie vidéoludique, mais pour la  plupart nous avons de toutes autres occupations, et ce n&#8217;est que le soir  venu et les enfants couchés que nous enfilons notre panoplie de space  marine ou de super détective pour nous cramer les yeux jusqu&#8217;à pas  d&#8217;heure. Une chose est sûre : nous passons trop de temps devant notre  écran, et nous avons tendance à jeter sur la réalité des yeux de merlan  frit.</p>
<h4>Et en pratique, si je daignais cliquer sur votre URL, qu&#8217;est-ce que je trouverais ?</h4>
<p style="text-align: justify;">En voilà du journalisme d&#8217;investigation de si bon matin ! Eh bien,  nous avons commencé par une thématique consacrée à L.A. Noire (<a href="http://www.merlanfrit.net/Astre-noir,65">www.merlanfrit.net/Astre-noir,65</a>) , jeu controversé, désastre industriel, mais tout de même des plus passionnants d&#8217;un point de vue narratif.</p>
<p style="text-align: justify;">Notre premier week-end a été dédié à l&#8217;IGF 2012 Pirate Kart (<a href="http://www.merlanfrit.net/Secret-Special-Pirate-Kart-Weekend">www.merlanfrit.net/Secret-Special-Pirate-Kart-Weekend</a>),  une compilation de micro-jeux indépendants présentée en guise de  provocation à l&#8217;Indie Games Festival. Nous nous sommes entretenus avec  Mike Meyer (<a href="http://www.merlanfrit.net/2012-IGF-Pirate-Kart-la-pochette">www.merlanfrit.net/2012-IGF-Pirate-Kart-la-pochette</a>),  l&#8217;initiateur du projet, et nous avons déballé la pochette surprise en  expliquant les conditions de création de ces esquisses de jeu.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce lundi, nous commençons à chanter les underdogs (<a href="http://www.merlanfrit.net/Underdogs">www.merlanfrit.net/Underdogs</a>), ces jeux de série B comme Alice : Madness Returns (<a href="http://www.merlanfrit.net/World-War-in-a-Doll-Head">www.merlanfrit.net/World-War-in-a-Doll-Head</a>), Disaster : Day of Crisis, et bien d&#8217;autres, souvent mal-aimés mais qui n&#8217;en sont pas moins à défendre.</p>
<h4>Dites, vous êtes éclectiques, on risque pas de s&#8217;y perdre ?</h4>
<p style="text-align: justify;">Comme vous le constatez, tout nous intéresse, des amateurs pas fichus  de payer 95 $ pour s&#8217;inscrire à un festival indépendant, aux  méga-productions.</p>
<p style="text-align: justify;">A partir de début novembre, à l&#8217;occasion de la sortie de The Elder  Scrolls V : Skyrim, nous consacrerons une série d&#8217;articles aux jeux  d&#8217;exploration, qui nous emmènent au bord du ciel. Pour le reste, vous  verrez bien.</p>
</div>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
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		<title>Games for Goddamn Hippies &#8211; IGF Pirate Kart</title>
		<link>http://www.sachka-blog.com/games-for-goddamn-hippies-igf-pirate-kart-962</link>
		<comments>http://www.sachka-blog.com/games-for-goddamn-hippies-igf-pirate-kart-962#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 23 Oct 2011 19:08:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sachka</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse-minute]]></category>
		<category><![CDATA[Jeu vidéo]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Article initialement publié sur Merlanfrit.net</p>
<p style="text-align: justify;">Créer des jeux sans aucune contrainte éditoriale ni censure c’est créer  un espace d’expression populaire : revendiquer, protester, exprimer son  mal-être ou proclamer &#171;&#160;fuck la police&#160;&#187;, c’est un autre aspect du Pirate Kart, cette compilation sauvage de plus de 300 jeux qui permet à des inconnus [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Article initialement publié sur <a href="http://www.merlanfrit.net">Merlanfrit.net</a></em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Créer des jeux sans aucune contrainte éditoriale ni censure c’est créer  un espace d’expression populaire : revendiquer, protester, exprimer son  mal-être ou proclamer &laquo;&nbsp;fuck la police&nbsp;&raquo;, c’est un autre aspect du <em>Pirate Kart</em>, cette compilation sauvage de plus de 300 jeux qui permet à des inconnus désargentés de participer à la compétition de l&#8217;Independent Games Festival.</strong></p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-963" title="Games for Goddamn Hippies ?" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Hippies_Logo.jpg" alt="" width="960" height="160" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Être développeur indépendant donne beaucoup de libertés par rapport à ce que l’on connaît sur de plus grosses productions : on subit moins les carcans de genre ou de licence, les pressions des éditeurs ; les équipes, les budgets et les temps de développement sont moindres et accordent plus de souplesse… Mais même dans ce cas, on n’est jamais totalement libre. Il faut respecter les contraintes liées à la plateforme sur laquelle on publie, les ratings en termes de violence, sexe, langage, thématiques… Les délais de publication peuvent être énormes, il faut passer une série de tests qualitatifs et techniques…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>En revanche lorsqu’on est développeur du dimanche, et qu’on a décidé de se passer à la fois d’un niveau de finition professionnel et de tout espoir de profit, toutes ces contraintes disparaissent, et les jeux peuvent alors acquérir une finalité très différente : comme celle de véhiculer une réaction à l’actualité, un message politique, une expérience intime indicible… en dehors de tout tabou ou toute censure.</strong></p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-964" title="Defend The Land" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/PirateKart_Hippies3.jpg" alt="" width="520" height="329" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">La généralisation de l’équipement informatique et d’internet dans les foyers, ainsi que le développement d’outils de création (Game Maker, Adventure Game Studio, RPG Maker, Multimedia Fusion, Stencyl Works…) accessibles aux amateurs, permet au jeu vidéo de devenir un véritable moyen d’expression populaire. Si les moteurs de jeux (Unreal, Unity…) requièrent de bonnes connaissances en programmation, n’importe quel débutant peut bidouiller sur l’un de ces outils après quelques heures de tutoriel.</p>
<p style="text-align: justify;">Le jeu vidéo peut alors devenir un moyen de s’exprimer comme on l’aurait fait en écrivant un pamphlet ou un journal intime, ou comme on peindrait une pancarte pour manifester. Le jeu s’adresse à soi-même, à ses amis ou ses ennemis, jamais au « marché ». C’est une forme d’expression à part entière, qui ne pourra que continuer à se développer. C’est cette façon d’envisager le jeu vidéo qui a conduit Mike Meyer à créer ce <em>Pirate Kart</em> (voir l&#8217;<a href="http://www.merlanfrit.net/2012-IGF-Pirate-Kart-la-pochette">entretien sur Merlanfrit.net</a>) : <strong>« Ne laisse personne te dire que tu ne peux pas ou que tu ne devrais pas faire un jeu. Bien sûr que tu peux, et bien sûr que tu devrais. »</strong></p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-965" title="Criminal Alley" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/PirateKart_Hippies2.jpg" alt="" width="520" height="349" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">
Si certains participants s’efforcent réellement de venir avec une proposition ludique valable, d’autres n’avaient pas d’autre but que de &laquo;&nbsp;s’exprimer&nbsp;&raquo;, le jeu devenant davantage un moyen qu’une fin. Le <em>Pirate Kart</em> compte de nombreux exemples de cette démarche. Il y a les jeux qui sont simplement provocateurs et qui exhibent des éléments sexuels comme on aurait dessiné des bites derrière la porte des toilettes du collège : <em>Space Phallus</em>, <em>You Have to Knock the Penis</em>… D’autres proposent par exemple un Jésus qui doit détruire des croix en urinant dessus…</p>
<p style="text-align: justify;">Quelques-uns cependant ont réellement quelque chose à dire ou revendiquer. <strong>Cette provocation se fait alors légèrement plus politique</strong> avec par exemple les jeux d’<a href="http://www.auntiepixelante.com/">Anna Anthropy</a>, une autre figure bien connue du jeu indie « d’en bas ». Dans <em>Defend the Land</em>, on doit observer un groupe de femmes qui tournent sur elles-mêmes, la jupe relevée, et cliquer sur celle qui a un pénis et est en réalité transsexuelle. Étant elle-même transgenre, Anna Anthropy avait ainsi exprimé, suite à une polémique sur le web, son exaspération pour la transphobie. Avec son jeu <em>A Game About Choices For At-Risk Youth</em> elle se moquait du discours qui voudrait que l’abstinence soit la seule solution pour ne pas attraper de MST.</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-967" title="Sky Edge" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/PirateKart_Hippies4.jpg" alt="" width="457" height="437" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Dans <em>Criminal Alley</em> il s’agit de condamner les violences policières : on nous présente trois personnages – un gangster, un policier et un quidam – et on doit cliquer sur le « dangereux criminel ». Il faut systématiquement cliquer sur le policier pour marquer des points.</p>
<p style="text-align: justify;">Parodie un peu plus spécialisée et communautaire, son jeu <em>Sky Edge</em>, dans lequel il faut attraper au vol des parchemins (« scrolls ») portant des noms de jeux vidéo bien connus, est une critique de l’attitude du studio Bethesda, qui a récemment intenté un procès à l’indie Mojang (développeur de <em>Minecraft</em>) pour avoir utilisé le terme « scroll » dans le titre de son prochain jeu, terme qui est associé selon eux à leur licence « <em>The Elder Scrolls</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Tous ces jeux sont généralement assez laids et d’un mauvais goût assumé : réalisés en quelques jours sous le coup de la colère, ce sont réellement des jeux protestataires.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">D’autres titres de ce <em>Pirate Kart</em> abordent des thématiques liées à la sexualité ou au machisme, mais aux antipodes des jeux d’Anna Anthropy, ils optent pour une approche intimiste, pudique et abstraite, via le jeu textuel. On ne sait pas si <em>My First IGN Interview</em>, de Nyob, ou <em>Calories</em>, d’Emma Faeron, sont d’inspiration autobiographique, mais ils mettent tous les deux le joueur dans la peau d’une victime, et le confrontent aux choix tous néfastes qui s’offrent à elle.</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-968" title="Calories" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/PirateKart_Hippies5.jpg" alt="" width="515" height="252" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Le premier nous fait vivre un entretien d’embauche, et le harcèlement sexuel qui peut l’accompagner. Sans grande subtilité, on peut le subir et avoir le job, ou le refuser et repartir sans travail, mais les choix de répliques sont plutôt amusants.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans <em>Calories</em>, on vit une journée dans la vie d’un(e) adolescent(e) : tous les choix se rapportent au type de nourriture consommée et à l’exercice physique accompli. On s’attend donc à une conclusion en rapport… mais la journée s’achève par un viol commis par le père du personnage. Et une phrase qui nous indique que peu importe la quantité de calories consommées, notre père recommencera demain. Le joueur peut recommencer la journée, faire d’autres choix de nourriture – les seuls qui se présentent à lui &#8211; la conclusion sera toujours la même. Sinistre et désespérant, mais assez intelligent comme façon de mettre en scène la boulimie et l’anorexie comme conséquences de traumatismes plus profonds.</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-969" title="Rougelaika : A Remembrance" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/PirateKart_Hippies6.jpg" alt="" width="521" height="392" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Ces jeux proposent une situation, un témoignage ou un slogan : une expérience à vivre une seule fois. Rarement agréables à regarder, et souvent à la limite du pénible à jouer, ils subordonnent le jeu au message, et ne prétendent certainement pas révolutionner l’art du game design. Ils sont <strong>une sorte de croisement contre-nature entre le serious game et le gif animé, la pancarte en carton et le journal intime</strong>. Le message est souvent personnel, brouillon, parfois obscur ou aussi non-signifiant qu’un t-shirt du Che.</p>
<p style="text-align: justify;">Le jeu de Crow par exemple, intitulé <em>Rougelaika : a Remembrance</em>, exploite une imagerie soviétique des plus éculées et nous propose de diriger la chienne Laïka (utilisée par les Russes comme sujet de test d’un vol spatial catastrophique) dans un cosmos parcouru par des planètes et des &laquo;&nbsp;Oncle Sam&nbsp;&raquo; tournoyants… Enfin l’écran final proclame que les « meilleurs scores » sont une manipulation du prolétariat et ne sont donc pas enregistrés. Le message ici paraît fumeux, voire sans objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Quoi qu’il en soit on a tout de même un espace d’expression dans lequel peuvent être abordés des sujets comme l’alcool, le tabac et la drogue (par exemple <em>Eliza Edith Escapes Expiration</em> de Sergio Cornaga), ou d’autres thèmes dits « adultes ».</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-970" title="Eliza Edith Escapes Expiration" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/PirateKart_Hippies7.jpg" alt="" width="447" height="476" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Ces brouillons de jeux auto-expressifs méritaient-ils de figurer dans une compétition telle que celle de l’IGF ? Probablement pas, dans la mesure où ils n’apportent quasiment rien en termes de game design. Cette compilation faite à l’arrache est assez hétéroclite, il faut espérer que les quelques jeux qui ont réellement vocation à être des &laquo;&nbsp;œuvres&nbsp;&raquo; réussissent à se faire remarquer. Mais le reste est intéressant aussi, simplement en tant que fragments d’individualités, et aussi pour ce que leur existence dit de <strong>l’avenir du jeu vidéo comme média populaire</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">Quant à savoir si ces jeux contestataires peuvent être d’une efficacité quelconque en termes de résultats, la réponse est probablement non également – pour l’heure. Aussi juste soit le message, s’il ne fonctionne pas bien en tant que jeu, son pouvoir de conviction et de diffusion restera limité : un jeu fait par &laquo;&nbsp;un connard de hippie&nbsp;&raquo; pour &laquo;&nbsp;des connards de hippies&nbsp;&raquo;*.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut tout le talent et le travail soigné du studio la <a href="http://www.molleindustria.org/en/home">Molle Industria</a> par exemple pour qu’un jeu réussisse à faire polémique et à dénoncer des pratiques économiques honteuses : le dernier en date est <a href="http://www.phonestory.org/">Phone Story</a> qui dévoilait le coût humain et écologique de fabrication de l’iPhone. Le jeu fut brièvement disponible sur l’Apple Store avant d’être retiré pour des motifs douteux : mais trop tard, le message était passé.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour un jeu vidéo d’expression populaire, les conditions sont en tout cas réunies : outils, moyens de diffusion rapides, réseaux, volontés individuelles… Peut-être en ce moment-même un obscur développeur amateur est-il en train de bricoler un <a href="http://wearethe99percent.tumblr.com/">We Are the 99 % &#8211; the Game</a> qui fera date ? Le jeu vidéo peut réellement devenir un moyen d’expression démocratique universel, et « sauver le monde » – ou, du moins, essayer.</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-966" title="Phone Story" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/PirateKart_Hippies9.jpg" alt="" width="434" height="363" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">* Ceci est une allusion à <em>South Park</em>. Aucun développeur amateur n’a réellement été insulté pendant l’écriture de cet article.</p>
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		<title>Le Navet d&#8217;auteur, un concept français ?</title>
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		<pubDate>Fri, 30 Sep 2011 21:34:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sachka</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse-minute]]></category>
		<category><![CDATA[Jeu vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[Narration]]></category>
		<category><![CDATA[Presse]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Le blog Playtime du journal Le Monde vient de publier une longue interview de Sébastien Genvo, maître de conférences à l’université de Metz et créateur d’un premier jeu vidéo intitulé Keys of a Game Space. Son objectif était de montrer qu’un jeu vidéo peut explorer des émotions subtiles, aborder des sujets douloureux, et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Le blog Playtime du journal Le Monde vient de publier <a href="http://playtime.blog.lemonde.fr/2011/09/29/l%E2%80%99emotion-dans-les-jeux-n%E2%80%99est-pas-une-question-de-prouesse-technologique/" target="_blank">une longue interview de Sébastien Genvo</a>, maître de conférences à l’université de Metz et créateur d’un premier jeu vidéo intitulé <a href="http://www.expressivegame.com/index.html" target="_blank">Keys of a Game Space</a>. Son objectif était de montrer qu’un jeu vidéo peut <strong>explorer des émotions subtiles, aborder des sujets douloureux, et faire expérimenter au joueur un engagement par le choix</strong> dans des situations difficiles, en le mettant dans la peau d’une personne confrontée à un dilemme moral. Dans son interview <strong>Genvo laisse entendre que le jeu vidéo n’y est jusqu’ici pas parvenu, ou ne s’y est que très peu intéressé</strong>, à part pour quelques œuvres « marginales » comme <em>Ico</em> ou <em>Passage</em> : « Il est rare de pleurer devant un jeu vidéo, ou de ressentir de la tristesse. » dit-il.</p>
<p style="text-align: justify;">Une chose est sûre : on n’a pas dû jouer aux mêmes jeux depuis ces 20 dernières années. <strong>Je pense même qu’on pourrait affirmer exactement l’inverse</strong>. La plupart des jeux narratifs (blockbusters compris), c&#8217;est-à-dire des jeux qui prétendent susciter de l’émotion (on ne parle pas de jeux de sport ici je suppose) se font un devoir de proposer au moins une scène triste, et ces scènes-là sont souvent efficaces (<em>Gears of War</em>, <em>Final Fantasy</em>…). C’est parfois même le jeu tout entier qui respire la tristesse et la mélancolie (<em>Silent Hill : Shattered Memories</em>…). Le choix moral laissé à l’appréciation du joueur est également une feature passablement à la mode, même si le design laisse souvent matière à discussion (<em>Bioshock</em>, <em>Heavy Rain</em>…). Enfin les thèmes comme celui du jeu de Genvo sont effectivement plus rares, mais là comme ça je crois pouvoir citer quatre ou cinq jeux <em>mainstream</em> qui évoquent les souvenirs douloureux d’une enfance maltraitée (j’y reviendrai dans un autre billet).</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-945" title="Keys of Game Space" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Genvo.jpg" alt="" width="700" height="445" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Mais passons. Si Genvo affirme cela, c’est sans doute qu’il a quelque chose à proposer pour aller plus loin dans ce sens. J’ai donc testé <em>Keys of a Game Space</em>. Entendons-nous bien : c’est une première réalisation, de dimensions modestes, et qui a au moins le mérite d’essayer de placer haut la barre, loin de moi l’idée de dénigrer cela. Cependant au final <strong>le jeu lui-même va à l’exact encontre du propos théorique de son auteur</strong>. En effet, comment expliquer que le jeu vidéo permet de simuler des choix, un engagement, et d&#8217;expérimenter ce qu&#8217;une autre personne a vécu, en proposant un jeu presque vide de choix et dont les seules options laissées au libre-arbitre du joueur sont binaires ? Comment peut-on même avoir la prétention de dire &laquo;&nbsp;nous espérons également qu’il pourra aider des victimes en détresse psychologique et qu’il fera réfléchir certaines personnes qui s’apprêteraient à commettre des actes graves en leur faisant vivre par le jeu les conséquences de leurs agissements.&nbsp;&raquo; quand on se contente de mettre en scène des souvenirs personnels sans laisser aucune place au joueur, sans lui permettre ni de réfléchir ni d&#8217;agir, à part lors d&#8217;un unique choix final &laquo;&nbsp;blanc ou noir&nbsp;&raquo; ?</p>
<p style="text-align: justify;">En réalité, <em>Keys of a Game Space</em> ne propose quasiment aucune liberté au joueur, pas même celle d’effectuer les actions dans n’importe quel ordre contrairement à ce qui est annoncé. Pour parler clairement, <em>Keys of a Game Space</em> ne propose même que très peu de gameplay, et un design narratif extrêmement léger, avec des dialogues et des situations assez &laquo;&nbsp;cliché&nbsp;&raquo; (&laquo;&nbsp;le lieu où les anges pleurent en silence&nbsp;&raquo; pour parler de pédophilie, sérieusement ?), entrecoupés de références théoriques et de déclarations d&#8217;intention. Ça n&#8217;est vraiment pas réellement pire que beaucoup de jeux d&#8217;aventure old school au design rigide, mais au regard du projet énoncé, c&#8217;est à mon avis un échec.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ce n’est pas grave. Comme on le lit dans tous les conseils pour apprentis game designers : votre premier jeu sera certainement très mauvais, parce que personne n’a la science infuse, et que l’important est de faire et de se tromper, pour apprendre : on a tous des débuts qu&#8217;on préfère oublier. Non, <strong>ce qui est plus gênant, c’est que cette tentative maladroite et assez pontifiante soit présentée par un grand journal comme un « jeu d’auteur », et assorti d’une promotion flatteuse et d’une longue interview où l’on parle de légitimation artistique et culturelle du jeu vidéo</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi ? A mon avis pour deux raisons.</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-946" title="Silent Hill : Shattered Memories - le psy" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/ShatteredMemories.jpg" alt="" width="700" height="445" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">La première c’est que la presse généraliste est complètement désemparée quand il s’agit de parler de ce « nouveau » média (il n’est nouveau que pour les journalistes en question) : ils n’ont personne qui sache en parler, personne qui l’ait étudié à la fac, ou personne qui l’ait un tant soit peu pratiqué de l’intérieur. Alors quand ils voient quelqu’un avec un titre universitaire et un discours plein de références savantes, ils se disent que ça doit être du sérieux et du respectable.</p>
<p style="text-align: justify;">La deuxième c’est <strong>cette espèce de mépris de la culture populaire, qui fait qu’au fond d’eux-mêmes ils ne sont pas persuadés que le jeu vidéo soit en lui-même sérieux et respectable</strong>*. Je vais simplement citer les propos de <a href="http://sullivanlp.over-blog.fr/article-cinema-d-auteur-rien-a-sauver-65346096.html" target="_blank">Sullivan Le Postec à propos du « cinéma d’auteur français »</a>, qui réagissait à un article de Télérama, car ce qu’il dit peut être exactement transposé pour le jeu vidéo :</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Right</em><em>, en 2011, à Télérama, ils font encore cette distinction primaire entre le divertissement et la culture. Et c’est vraiment un article de cette année, hein, pas une reprise d’un article de 1991. Difficile de mieux démontrer qu’on n’a rien compris à ce qui s’est passé culturellement en France et en Europe ces trente dernières années qu’en écrivant ce genre de choses. Par son mépris du ‘‘divertissement’’ – c&#8217;est-à-dire de la culture populaire – la France s’est rendue culturellement stérile depuis quelques décennies.(…)</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Le cinéma d’auteur français, c’est une quantité invraisemblable de films, dont une très grosse portion sont simplement des navets, qui s’étouffent les uns les autres. Le cinéma d’auteur, il n’a pas besoin d’être sauvé: il se meurt d’être surprotégé. Il pourrit de son trop grand nombre. Il se décompose du fait que subventions et ‘‘exception culturelle’’ font que n’importe qui peut mettre sur les écrans, en se disant Auteur, n’importe quoi – c&#8217;est-à-dire dans 90% des cas une histoire vue mille fois, au scénario très mal structuré, et horriblement mal filmée – et qu’il se trouve encore des journalistes de Télérama pour crier au génie. </em></p>
<p style="text-align: justify;">Le jeu vidéo d’auteur français n’est certes pas en risque d’étouffement, car il ne bénéficie pas d’autant d’aide que le cinéma, même si les politiques ont semblé s’y intéresser récemment (Martine Aubry, Frédéric Mitterrand…). En revanche on observe la même inculture et le même sectarisme de la part de la presse, qui pourra <strong>célébrer comme une œuvre d’auteur un &laquo;&nbsp;navet&nbsp;&raquo; mal écrit, mal conçu, mais qui aura le « bon goût » de proposer un contenu &laquo;&nbsp;sérieux&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;réaliste&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;adulte&nbsp;&raquo;, et de bannir de ses mécanismes tout ce qui pourrait trop ressembler à du divertissement</strong>. On trouve le même snobisme aberrant dans les expositions et manifestations diverses « autour du jeu vidéo », qui bien souvent se rabattent sur des <em>machinimas</em> ou sur des jeux « à message » sans gameplay ; ou bien dans les colloques qui ne jugent pas utile d’inviter des créateurs de jeux. Heureusement d’autres démarches existent, qui embrassent le jeu vidéo pour ce qu’il est (l’expo <a href="http://arcade-expo.fr/" target="_blank">Arcade !</a> par exemple qui permet aux visiteurs de réellement jouer à des jeux). Un jeu avec un gameplay fort empêche-t-il l’existence d’un message ? C’est bien sûr tout le contraire, le gameplay d’un bon jeu participe du message et de la narration.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faudrait toutefois interroger cette notion « d’auteur » : faut-il nécessairement faire un jeu tout seul avec trois bouts de ficelle et une grosse ambition pour être qualifié d’auteur, façon Jonathan Blow (<em>Braid</em>) ? Un jeu fait par un gros studio est-il nécessairement vide de sens et de qualités philosophiques ? En réalité, on retrouve le même problème à l’autre bout du spectre : <strong>des jeux AAA ayant mobilisé des dizaines voire des centaines de personnes pendant plusieurs années seront souvent attribués à une seule personne</strong> : Levine pour Bioshock, McNamara pour L.A. Noire, Cage pour Heavy Rain, Miyamoto pour les Super Mario&#8230; Ce que les joueurs ont aimé, est-ce vraiment imputable à ces seules personnalités, ou bien à des game designers anonymes ? Il existe bien sûr de vrais &laquo;&nbsp;porteurs de vision&nbsp;&raquo;, mais il est certain qu’un jeu vidéo de ce niveau n’est jamais l’œuvre d’une seule personne.<br />
Ce qui n’arrange pas certains journalistes tant il est plus confortable d’utiliser cette figure de l’Auteur pour valoriser et légitimer un jeu, et de jouer au dernier David Cage comme on va voir le dernier Lars von Trier : cela confère inévitablement une aura de fin connaisseur. Est-ce une attitude spécialement française ? <a href="http://www.joystiq.com/2010/08/18/david-cage-on-his-benevolent-dictatorship-over-quantic-dream/">Pour David Cage la mise en avant de son nom est en tout cas une démarche marketing assumée</a>, comme il l’a expliqué lui-même, afin de garder le contrôle sur les productions de son studio. Et cela a fonctionné à la perfection, <em>Heavy Rain</em> est considéré comme le jeu d’un seul homme, donc un « jeu d’auteur », alors même que son scénario et sa narration comportent des défauts majeurs, sans être du tout originaux et personnels.
</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-944" title="I Am Ourobouros" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Ourobouros.jpg" alt="" width="700" height="445" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Il faudrait aussi s’arrêter sur cette autre tendance française qui consiste à parler d’auteur dès que quelqu’un s’est contenté de poser ses tripes fumantes sur la table, sur cette obligation du réalisme voire du naturalisme ou de l’autobiographie, que l’on retrouve aussi bien dans le roman qu’au cinéma et finalement dans le jeu vidéo, et qui devrait être la quintessence de ce que l’Auteur apporte au public, rendant superflues toutes règles de style et de narration** : ou comment faire avaler un navet de plus. <strong>Il faudrait enfin réfléchir à ce mépris des codes, des règles, des techniques et des savoir-faire qui viendraient corrompre je ne sais quelle innocence et spontanéité de l’Auteur</strong>. Car cela conduit, finalement, à mépriser le métier de game designer et de narrative designer (professionnels, indies, amateurs), et à déposséder ces derniers de toute légitimité. </p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C’est décidément une profession qui n’est pas reconnue.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Keys of a Game Space</em> ne méritait sans doute pas plus ma colère qu’il ne méritait la publicité qu’il a eue, et j&#8217;ai quelques scrupules à l&#8217;avoir pris comme prétexte. Mais <strong>je ne peux m’empêcher de mettre ce manque de discernement en perspective avec les récentes affaires autour des conditions de travail déplorables que les professionnels du jeu vidéo connaissent bien souvent</strong> (révélées notamment à propos de <em>L.A. Noire</em> et du studio Team Bondi) : heures supp non payées, salaires dérisoires, chantage au licenciement, crunch au long cours, éviction de noms au générique du jeu, proportion incroyable de projets annulés en cours de production, designs amputés selon la fantaisie du marketing ou du patron dont le fils a eu une super idée, scénarios confiés à des scénaristes TV ou des romanciers qui n&#8217;ont pas la plus petite idée de ce qu&#8217;est une narration interactive… Il faut vraiment être passionné pour continuer dans cette voie.</p>
<p style="text-align: justify;">Je me console en me disant qu’un jour je ferai un jeu pour raconter tout ça, et qu’on dira que c’est un jeu d’Auteur.</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">* Quand Anthony Jauneaud, narrative designer chez Ubisoft, a émis des critiques sur cette interview, la réaction du responsable du compte Twitter du blog Playtime a été de lui dire abruptement de retourner jouer à <em>Driver</em>, <em>Call of Duty</em> ou aux <em>Lapins Crétins</em>. Révélateur.</p>
<p style="text-align: justify;">** Un jeu français, d’inspiration autobiographique, mais avec un vrai gameplay, ça existe : ça s’appelle<em> <a href="http://oujevipo.fr/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=475:i-am-ourobouros&amp;catid=37:20-minutes&amp;Itemid=56" target="_blank">I am Ourobouros</a></em>, par Pierrec (<a href="http://oujevipo.fr/" target="_blank">oujevipo.fr</a>) et ça a été réalisé par lui tout seul en moins de 48h.</p>
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		<title>No Place like Home</title>
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		<pubDate>Wed, 24 Aug 2011 00:24:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sachka</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Jeu vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[Narration]]></category>
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		<description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Allez cette fois, j&#8217;arrête de réfléchir à des améliorations d&#8217;interface, à des indices plus limpides pour les joueurs, je décide que la phase de développement est terminée, et je publie&#8230; mon premier jeu. Notre premier jeu à Ray et à moi.</p>
<p></p>
<p style="text-align: justify;">Bien sûr pas le premier sur lequel on ait travaillé puisque [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Allez cette fois, j&#8217;arrête de réfléchir à des améliorations d&#8217;interface, à des indices plus limpides pour les joueurs, je décide que la phase de développement est terminée, et <a href="http://www.sachka-blog.com/jeu-no-place-like-home">je publie</a>&#8230; mon premier jeu. <strong>Notre premier jeu à Ray et à moi.</strong></p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-905" title="No Place like Home" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/NPLH.jpg" alt="" width="640" height="480" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Bien sûr pas le premier sur lequel on ait travaillé puisque ça fait quelques années que nous sommes employés tous les deux comme game designers. Pas non plus le premier bidouillage ludique, puisqu&#8217;on s&#8217;est bien entendu fait les dents sur ce qu&#8217;on pouvait auparavant, grâce à toutes sortes d&#8217;éditeurs de niveaux et de scénarios, ou à des créations &laquo;&nbsp;jetables&nbsp;&raquo;.<br />
<strong>Mais cette fois, c&#8217;est différent, parce que c&#8217;est vraiment un projet que l&#8217;on a réalisé nous-mêmes de A à Z. Depuis le concept, le scénario, le gameplay jusqu&#8217;aux graphismes et au code.</strong> C&#8217;est un projet qu&#8217;on a réussi à mener jusqu&#8217;à son terme, ce qui est sûrement le plus difficile. Et c&#8217;est un jeu que l&#8217;on va diffuser, qui ne sera pas fait juste à l&#8217;intention de quelques copains.</p>
<p style="text-align: justify;">En fait la première chose qui me vient à l&#8217;esprit, c&#8217;est &laquo;&nbsp;pourquoi je n&#8217;ai pas fait ça avant&nbsp;&raquo;. J&#8217;aurais dû. Ça a été pas mal de stress et de prises de tête, mais surtout beaucoup de plaisir. Et puis les cycles de production étant ce qu&#8217;ils sont dans l&#8217;industrie du jeu vidéo, le simple fait de commencer un projet, d&#8217;en maîtriser la direction, et d&#8217;en voir le bout est un bonheur rare et précieux, même quand le projet est modeste.</p>
<p style="text-align: justify;">Bref, pour marquer le coup, <strong>un petit post-mortem s&#8217;impose</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>LE CHOIX DU GENRE</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le genre de l&#8217;<strong>escape the room</strong> (trouver moyen de s&#8217;évader d&#8217;une pièce fermée en utilisant ce qui s&#8217;y trouve) est un peu une sous-niche, un truc super pointu faisant partie de la famille des <em>point&#8217;n click</em>. Déjà le jeu d&#8217;aventure n&#8217;est pas vraiment ce qui a le plus le vent en poupe, l&#8217;escape n&#8217;en parlons pas : <strong>c&#8217;est le genre qui concentre à haute dose tout ce qui peut rebuter les joueurs &#8211; difficulté, casse-têtes, absence d&#8217;indications sur ce qu&#8217;il faut faire pour progresser&#8230;</strong></p>
<p style="text-align: justify;">De plus c&#8217;est un genre qui ne se rejoue pas une fois qu&#8217;on a fini le jeu, à la différence de nombre de puzzle-games qui connaissent le succès sur le web ; et un genre de jeu qui a une durée de vie très courte.</p>
<p style="text-align: justify;">Clairement ce n&#8217;est pas un choix qui promet un jeu rentable. Mais ce n&#8217;était pas notre but. Je voulais commencer par un jeu suffisamment simple à scripter, et me faire plaisir avec un genre que j&#8217;affectionne, et surtout <strong>un genre extrêmement codifié, idéal pour un exercice de style</strong>. L&#8217;escape a cependant réellement ses fans et ses amateurs, les mêmes gens qui, j&#8217;imagine, aiment jouer à <em>Professeur Layton</em>. Des gens qui aiment réfléchir à des énigmes pas trop évidentes du moment que la solution est disponible en cas de blocage. Au moment où j&#8217;écris, le jeu est publié depuis 24h et environ 15 000 personnes y ont joué à travers le monde.</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-907" title="Home sweet Home" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/NPLH4.jpg" alt="" width="640" height="480" /></center></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>UN OBJECTIF DE DESIGN</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En réalisant le document de concept du jeu, puis son design, je me suis donné un petit défi : <strong>réaliser un jeu d&#8217;escape narratif</strong>, où les énigmes ne soient pas simplement logiques, mais soient plutôt les clefs qui dévoilent une histoire progressivement en tirant partie de l&#8217;unité de temps et de lieu (tout le contraire d&#8217;un Layton pour le coup, où énigmes et histoire sont bien séparées).</p>
<p style="text-align: justify;">Il me semble, très subjectivement, que les meilleurs jeux d&#8217;escape sont pour l&#8217;instant <a href="http://www.58works.com/">japo</a><a href="http://neutralxe.net/esc/index.html">nais</a>. Ou peut-être pas les meilleurs, mais en tout cas les plus canoniques et formalistes. Ils sont généralement très épurés visuellement, les énigmes sont volontiers abstraites, mathématiques, ou faites d&#8217;associations de formes colorées, de lettres ou de symboles. Il n&#8217;y a généralement aucun texte, ou très, peu, généralement aucun contexte narratif, ou alors à peine suggéré. Les jeux d&#8217;escape occidentaux au contraire, ont tendance à aller vers du jeu d&#8217;aventure classique, avec des énigmes souvent peu intéressantes car trop rationnelles, pragmatiques (réparer, construire&#8230;), et des jeux très bavards. On a l&#8217;impression de jouer un extrait d&#8217;un jeu d&#8217;aventure plus vaste, et pas d&#8217;être à l&#8217;intérieur d&#8217;un casse-tête géant, mais fermé et fini.</p>
<p style="text-align: justify;">Mon objectif était d&#8217;essayer de trouver un juste milieu en créant des énigmes qui racontent une histoire, qui matérialisent un univers cohérent, mais en restant <strong>des énigmes basées sur un système symbolique propre à cet univers et à lui seul. Un bon exercice de narrative design en somme</strong>. Je voulais même éviter tout texte superflu&#8230; et puis finalement j&#8217;ai craqué, j&#8217;ai quand même intégré une sorte de journal du personnage, qui aide à construire le thème.</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-908" title="What do you see?" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/NPLH3.jpg" alt="" width="640" height="480" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Dans certains jeux le joueur comprend qu&#8217;il doit collecter/assembler/disposer une série d&#8217;objets (cristaux, billes, papiers, clefs, cartes magnétiques, objets plus ou moins mystiques&#8230;). Ici les choses à assembler seraient des échos du passé plus ou moins brumeux dans la tête du personnage, des souvenirs qui finiraient par faire émerger une vérité oubliée. Finalement l&#8217;idée se rapprochait assez d&#8217;une logique des rêves, où tout semble sujet à interprétation, sans que l&#8217;on sache forcément laquelle est la bonne. Ça se prêtait bien à <strong>une histoire qui parle d&#8217;hallucinations et de faux souvenirs</strong>. Mais comment faire pour que le joueur comprenne facilement le langage du jeu ? C&#8217;est là qu&#8217;est venue l&#8217;idée d&#8217;utiliser le film <strong>Le Magicien d&#8217;Oz</strong> (Fleming, 1939) comme référent : avec son thème bien connu du &laquo;&nbsp;retour chez soi&nbsp;&raquo; et du &laquo;&nbsp;home sweet home&nbsp;&raquo;, la tentation était grande de l&#8217;utiliser de manière détournée ou parodique dans un jeu où le but est de foutre le camp de chez soi par tous les moyens. La référence fonctionnerait un peu comme un inconscient collectif qui permettrait de déchiffrer de vieux mythes, mais en version pop.</p>
<p style="text-align: justify;">Au final, <strong>c&#8217;était une demi-bonne idée</strong> : je pense que le thème et les références au film comme moteur d&#8217;énigme fonctionnent bien, en revanche je m&#8217;aperçois que finalement peu de gens connaissent encore suffisamment bien le film pour que cela les aide à comprendre le jeu. Certains joueurs lui ont reproché un manque total de logique du fait qu&#8217;ils ne comprenaient pas les clins d&#8217;oeil et encore moins les indices. C&#8217;est problématique pour un jeu d&#8217;avoir un tel pré-requis, et ce serait l&#8217;une des choses à améliorer si je devais retravailler dessus. En l&#8217;état le jeu a un niveau de difficulté assez élevé. Et pour ne pas arranger les choses, après beaucoup d&#8217;hésitation, j&#8217;ai finalement inclus un semi-game over dans cette escape, alors que ça ne se fait pas trop d&#8217;habitude. Ça fait beaucoup de choses qui découragent les joueurs, même si la difficulté fait partie des règles du genre.</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-909" title="Emerald City" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/NPLH2.jpg" alt="" width="640" height="480" /></center></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>LA TECHNIQUE</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Puisque la partie code m&#8217;incombait, et que j&#8217;ai absolument zéro background en programmation, j&#8217;ai opté pour <strong>Multimedia Fusion 2</strong>, qui permet de développer un jeu sans avoir à réellement coder. Il faut quand même avoir une certaine idée de ce que l&#8217;on peut scripter à partir d&#8217;une série de tests et de conditions, et ce n&#8217;est pas toujours évident à prendre en mains. Mais à force de tutoriels, de forums, d&#8217;essais, et de suggestions avisées de Ray, j&#8217;ai fini par contourner suffisamment de problèmes pour avoir quelque chose qui tourne.</p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;ai quand même l&#8217;impression d&#8217;avoir fait les choses un peu &laquo;&nbsp;salement&nbsp;&raquo; et je suis contente que personne n&#8217;aille mettre son nez dans ce que j&#8217;ai fait ! La plupart du temps j&#8217;ai scripté des cas particuliers faute de savoir réutiliser un même modèle d&#8217;action pour tous les cas nécessaires. C&#8217;était sûrement une perte de temps et un risque de laisser des bugs, mais en tant que débutante sur l&#8217;outil je n&#8217;étais pas capable de faire mieux. J&#8217;ai évidemment beaucoup appris au cours de ce développement, même s&#8217;il me reste encore énormément à expérimenter. Par exemple je n&#8217;ai pas encore essayé de proposer une sauvegarde du jeu, ce qui m&#8217;a été reproché.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Il y aurait de ce fait beaucoup de choses à améliorer au niveau de l&#8217;ergonomie </strong>(je n&#8217;ai pas réussi à utiliser la molette de façon satisfaisante pour faire pivoter des éléments ; je n&#8217;empêche pas les actions quand un objet inutile est attaché au pointeur&#8230;) Si j&#8217;ai du temps, du courage et des idées, il y aura de quoi y revenir.</p>
<p style="text-align: justify;">En revanche j&#8217;assume totalement certains choix de design, comme le fait que le pointeur ne change pas d&#8217;apparence au survol d&#8217;un objet interactif, ce qui rendrait le gameplay artificiel.</p>
<p style="text-align: justify;">Ensuite c&#8217;est une question de temps : ce n&#8217;est &laquo;&nbsp;qu&#8217;un&nbsp;&raquo; petit jeu d&#8217;escape, c&#8217;est un premier essai, ce n&#8217;est pas un jeu qui nous rapportera grand chose. Je pourrais y passer encore des semaines, mais je crois qu&#8217;il est plus sage de clore le projet et de penser au suivant. L&#8217;important étant que le jeu n&#8217;ait à ma connaissance plus de bugs, qu&#8217;il soit jouable, appréciable. Ce qui a l&#8217;air d&#8217;être le cas.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour ce qui est des graphismes, c&#8217;est Ray qui s&#8217;est chargé de &laquo;&nbsp;peindre&nbsp;&raquo; sous <strong>Photoshop</strong> tous les superbes décors. Le jeu lui doit complètement cette ambiance délabrée et mélancolique que je n&#8217;avais pas du tout prévue au départ. J&#8217;ai dessiné les objets sous <strong>Fireworks</strong> en essayant d&#8217;harmoniser le style avec celui de l&#8217;appartement. Au final je suis vraiment contente du style et de l&#8217;atmosphère, même si l&#8217;usage de Photoshop a posé quelques contraintes : impossible de simplement déformer une zone pour la montrer en gros plan ou sous un autre angle (la plupart des jeux d&#8217;escape sont réalisés en 3D). Ça a fortement impacté le gameplay puisque je ne pouvais pas cacher d&#8217;objets derrière un meuble sans que ça oblige à dessiner de zéro une vue supplémentaire, il a donc fallu limiter pour ne pas faire exploser le poids du fichier final et le temps de production des assets.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin pour le son, j&#8217;ai bricolé sur <strong>Audacity</strong> à partir de samples libres de droit, à la Frankenstein, d&#8217;une façon qui ferait sûrement bondir tout sound designer qui se respecte. C&#8217;est la partie qui, je pense, pourrait être la plus facilement améliorée tant c&#8217;est du bricolage. Au moins, certains joueurs ont semblé apprécier le fond musical lent et atmosphérique, c&#8217;est déjà ça. Je l&#8217;ai fabriqué en mélangeant des accords de guitare extrêmement ralentis avec un enregistrement de conversations étouffées dans une salle d&#8217;attente, et une boîte à musique jouant &laquo;&nbsp;Over the Rainbow&nbsp;&raquo;.</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-910" title="Time to take your pills..." src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/NPLH5.jpg" alt="" width="640" height="480" /></center></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>LE BETA TEST</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Une étape essentielle. Vitale. Je le savais déjà mais je m&#8217;en suis encore fait la remarque. A force de connaître les manipulations par coeur, je n&#8217;étais plus capable et je n&#8217;avais plus envie d&#8217;essayer de jouer &laquo;&nbsp;naturellement&nbsp;&raquo;. Heureusement qu&#8217;il s&#8217;est trouvé plusieurs personnes pour passer des heures dessus, <strong>j&#8217;ai pu corriger un paquet de bugs avant la publication officielle, et améliorer beaucoup de choses dans l&#8217;ergonomie</strong> (ajout du log, des objets attachés au pointeur, et j&#8217;en passe).</p>
<p style="text-align: justify;">En tout cas, mieux vaut recruter en masse : pour 5 personnes volontaires, 2 testent vraiment le jeu et une seule fait vraiment des retours utiles&#8230; Au final je suis contente d&#8217;avoir des amis qui travaillent dans le jeu vidéo ou autour, ça a été eux les plus efficaces. ^^ Encore merci à eux pour leurs efforts parfois douloureux ! Et un merci spécial à Lambda qui en plus de beta-tester, s&#8217;est chargé d&#8217;écrire un <strong><a href="http://lambda.over-blog.com/article-no-place-like-home-solution-82163203-comments.html#anchorComment">walkthrough</a>.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>LA DIFFUSION</strong></p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;ai voulu tenter de passer par <strong>MochiMedia</strong> puisque l&#8217;option est incluse dans Multimedia Fusion 2 : ils proposent d&#8217;intégrer de la pub en début de jeu par exemple, et ensuite on reçoit une maigre rémunération en fonction du nombre de vues. Ils proposent aussi de diffuser le jeu via leur réseau. Ils ont été un peu pénibles pour la validation (problèmes de copyright pour mes citations du Magicien d&#8217;Oz), mais on verra ce que ça donne. En attendant j&#8217;ai soumis &laquo;&nbsp;No Place like Home&nbsp;&raquo; chez <strong>Kongregate</strong>, qui n&#8217;accepte pas la pub Mochi. Je pensais que ça serait juste une première adresse pour commencer : <strong>j&#8217;avais clairement sous-estimé la capacité du web universel à s&#8217;approprier les contenus gratuits à la vitesse de la lumière</strong>. En quelques heures, notre jeu figurait sur une douzaine de sites aussi bien français que turcs, chinois, hispanophones&#8230; Seul le site <strong><a href="http://jayisgames.com/games/no-place-like-home/">Jayisgames</a></strong> a eu la politesse de demander la permission.</p>
<p style="text-align: justify;">Et comme en plus cette demande était assortie d&#8217;une revue très positive&#8230; :)</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;était intéressant de regarder en direct les réactions des gens sur les différents sites, encore une étape qui m&#8217;a vraiment éclairée sur les points qui manquaient de feedback par exemple. Les plus sympathiques réactions proviennent des sites spécialisés en escape/aventure : les joueurs échangent leurs informations en direct, se donnent des indices, utilisent des balises spoilers, sont curieux, formulent des théories et des hypothèses. Un site comme Kongregate, qui n&#8217;a même pas de rubrique dédiée aux jeux d&#8217;escape, comptabilise beaucoup plus de vues, mais aussi beaucoup plus de commentaires négatifs ou rageux, de gens qui mettent de mauvaises notes parce qu&#8217;ils n&#8217;avancent pas, de commentaires qui spoilent sans scrupules. S&#8217;il y a une prochaine fois, je sais où je soumettrai le jeu en priorité. :)</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-911" title="In case of delusions, please take provided medication." src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/NPLH6.jpg" alt="" width="640" height="480" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Voilà les quelques réflexions qui me viennent à l&#8217;issue de ce projet. Je suis très contente d&#8217;avoir réussi à finir quelque chose dans des délais raisonnables (moins de 4 mois), très contente de l&#8217;accueil que le jeu obtient auprès du public-cible, très contente d&#8217;avoir collaboré avec mon amoureux sur quelque chose qu&#8217;on a pu maîtriser de bout en bout.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est temps de réfléchir à un prochain projet, et ce ne sera sans doute pas un jeu d&#8217;escape. :)</p>
<p style="text-align: justify;">Je termine ce chapitre avec un extrait de la<strong> <a href="http://jayisgames.com/archives/2011/08/no_place_like_home.php">critique de Jayisgames</a></strong> qui m&#8217;a vraiment touchée :</p>
<p style="text-align: justify;"><em>&laquo;&nbsp;What makes it great, however, is the way the story and setting creep up  on you as you explore your dingy little world bit by bit. It&#8217;s a great  example of telling a narrative through your environment, using setting  and clues rather than simply setting the player down and explaining  everything. While it may require more than a little thought (you asked  for a brain, didn&#8217;t you?), and a dose of patience besides, No Place Like  Home is a challenging, beautiful escape game that expertly weaves story  and gameplay together for a great experience.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p>PS : j&#8217;ajoute le lien vers une <a href="http://oujevipo.fr/index.php?option=com_content&#038;view=article&#038;id=542:no-place-like-home&#038;catid=38:30-minutes-&#038;Itemid=57">très chouette critique écrite par Pierrec de l&#8217;Oujevipo</a>, merci à lui !</p>
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		<title>Le Héros et son double &#8211; schizophrénie et narrative design</title>
		<link>http://www.sachka-blog.com/le-heros-et-son-double-schizophrenie-et-narrative-design-871</link>
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		<pubDate>Wed, 13 Jul 2011 14:08:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sachka</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse-minute]]></category>
		<category><![CDATA[Jeu vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[Narration]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">[ SPOILER ALERT : ce billet révèle des éléments critiques de L.A. Noire, Deadly Premonition, Alan Wake et Heavy Rain. Mieux vaut le lire seulement après avoir fini ces jeux. ]</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p></p>
<p style="text-align: justify;">Le héros supérieurement intelligent et un peu asocial est récurrent dans les fictions policières, le premier d’entre eux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>[ SPOILER ALERT : ce billet révèle des éléments critiques de <em>L.A. Noire, Deadly Premonition, Alan Wake et Heavy Rain.</em> Mieux vaut le lire seulement après avoir fini ces jeux. ]</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p><center><img src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Autistes5.jpg" alt="" title="Reflet du héros" width="919" height="389" class="alignnone size-full wp-image-884" /></Center></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le héros supérieurement intelligent et un peu asocial est récurrent dans les fictions policières</strong>, le premier d’entre eux étant probablement Sherlock Holmes, connu à la fois pour son esprit de déduction et pour ses manières discutables. Hercule Poirot, est, lui bien élevé, mais on lui prête nombre de « manies »,  « bizarreries » et des « mœurs contre-nature ». Plus récemment les séries télé ont décliné le modèle de toutes les façons possibles (<em>Monk, The Mentalist, Docteur House</em> pour la version médicale, <em>The Big Bang Theory</em> pour la version sitcom…), produisant parfois des personnages très réussis comme Temperance Brennan (<em>Bones</em>) ou Walter Bishop (<em>Fringe</em>). La première est une anthropologue judiciaire de premier plan, persuadée de sa supériorité intellectuelle, mais complètement hermétique aux codes habituels des relations humaines – l’incompréhension perpétuelle entre elle et le monde est l’un des principaux ressorts comiques de la série. Walter Bishop est un scientifique avant-gardiste rescapé d’un très long internement psychiatrique. Il a perdu la notion des convenances, et là aussi c’est le prétexte à de nombreuses situations comiques. Temperance et Walter semblent en partie déconnectés de la réalité, de la société, mal à l’aise avec les autres. Ils sont tous deux extrêmement intelligents. Ils sont tous deux parfaitement à l’aise avec les cadavres, les ossements, les viscères, et toutes choses répugnantes qu’ils peuvent croiser durant une enquête. Ils finissent toujours par trouver la « solution » du fait même qu’ils ne voient pas les choses de la même façon que les autres. On a affaire à une sorte d’autisme romancé.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cette « <em>characterization</em> » récurrente du héros qui met en balance aptitudes déductives supérieures et inadéquation avec la société laisse à penser que l’un serait la conséquence de l’autre. </strong>Un peu comme ces personnages d’autistes fermés au monde mais très doués en maths ou avec une mémoire énorme (<em>Rain Man</em>…). Chez Walter, c’est même une démarche volontaire : il consomme du LSD pour changer sa manière de réfléchir. Après tout, il paraît que <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Effect_of_psychoactive_drugs_on_animals" target="_blank">les araignées droguées au LSD tissent des toiles plus régulières</a> : peut-être que l’être humain peut trouver moyen de voir le monde de manière plus rationnelle en se déconnectant de son mode de perception habituelle ?</p>
<p style="text-align: justify;">Superposer au monde une grille de lecture invisible afin de mieux l’appréhender, le jeu vidéo fait ça très bien. Jauges de vie, réticules de visée, informations biographiques ou de géolocalisation, surbrillances symboliques… Ce sont généralement des informations pratiques et anecdotiques, et elles ne sont souvent même pas diégétiques : elles permettent au joueur d’en savoir « plus » que le personnage sur ce qui l’entoure &#8211; ou de le savoir &laquo;&nbsp;mieux&nbsp;&raquo; : de manière quantifiée et non de manière impressionniste. Tous ces éléments qui s&#8217;adressent au joueur participent de la façon dont l&#8217;histoire lui est racontée, tant il est vrai que <a href="http://mutantsparrow.com/2011/07/11/one-wall-two-walls-three-walls%E2%80%A6/">dans un jeu vidéo la narration passe aussi par le &laquo;&nbsp;quatrième mur&nbsp;&raquo;</a>. <strong>Mais ce qui est nettement plus intéressant dans notre cas, c’est quand la schizophrénie du personnage provoque ce dédoublement de réalité, suscite cette grille de lecture décalée : game design et characterization sont alors intimement liés, et le gameplay devient une façon de construire le personnage.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je prendrai comme exemples les 4 grands jeux narratifs sortis depuis un an et demi : <strong>Deadly Premonition</strong>, <strong>Alan Wake</strong>, <strong>Heavy Rain </strong>et <strong>L.A. Noire</strong>, qui ont tous, de façon différente, utilisé ce ressort narratif de la schizophrénie pour lier game design et narrative design.</p>
<p><center><img src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Autistes1.jpg" alt="" title="Héros schizophrènes" width="919" height="163" class="alignnone size-full wp-image-872" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>UN AUTISTE EN ENFER</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Deadly Premonition</em></strong> présente le cas de schizophrénie le plus littéral puisqu’on s’aperçoit que le héros, l’agent York, souffre d’un dédoublement de la personnalité depuis un traumatisme d’enfance. Il parle à son double imaginaire tout au long du jeu, comme à un confident. Ce système narratif très habile permet d’inclure le joueur, puisqu’on se retrouve à jouer le rôle du double : on répond à quelques questions de York, on l’écoute parler de choses intimes qu’il n’aurait pas pu évoquer sans cela.<br />
Mais cela va beaucoup plus loin que ça. Lors des phases d’action, l’univers est tout à coup modifié : à la façon des <em>Silent Hill</em>, tout le décor prend des teintes rougeâtres et se couvre de salissures et de rouille. Un brouillard pourpre couvre la ville, c’est le moment où les fantômes apparaissent et où York doit les combattre. Or on finit par remarquer qu’il s’arrange toujours pour être seul dans ces moments-là, et dans les rares moments où il est accompagné, les autres ne semblent pas remarquer le changement (jusqu’à peu avant la fin). <strong>Si bien qu’on finit par se dire que s’il est le seul à voir cet au-delà qui recouvre le monde, c’est parce que c’est dans sa tête. Une façon pour lui de matérialiser l’antagonisme, les obstacles qui l’empêchent de faire avancer l’enquête. Quand il achève le dernier fantôme et que le monde revient à lui, c’est qu’il a découvert les indices qui lui manquaient. </strong>Ce monde parallèle des fantômes ne semble pas vraiment exister, il est la mise en scène symbolique d’un refoulement collectif, de la vérité cachée depuis des années – mais ce monde surimposé permet ce faisant l’existence du gameplay de combat, qui serait impossible dans l’univers routinier de la petite ville de Greenvale sans en briser le réalisme.</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-873" title="Fantômes du passé" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Autistes2.jpg" alt="" width="919" height="163" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Dans <strong><em>Alan Wake</em></strong>, la question de la schizophrénie se pose également. Les différents épisodes se contredisent, Alan se souvient de choses qui ne peuvent pas avoir existé, il se réveille un matin dans la clinique d’un psychiatre sans se souvenir d’avoir été interné, il rencontre même son propre double. <strong>On finit par ne plus savoir ce qui est réel ou pas, ce qui tient du roman dans le roman, ou de la psychose</strong>. Mais chaque nuit, des habitants de Bright Falls transformés en ombres menaçantes font leur apparition et pourchassent l’écrivain. Alan doit fuir et se battre, chercher la lumière, jusqu’au matin, où tout ceci disparaît. Tout redevient comme avant avec le soleil – ou presque comme avant, en laissant suffisamment de soupçons pour créer l’angoisse et le doute. Ici aussi ces nuits fantasmatiques sont le prétexte au gameplay de combat qui est exclu de la vie diurne, et en même temps illustrent le désordre mental du personnage et désorganisent la narration.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce double obscur du monde, que l’écrivain décrit avec précision au fil de manuscrits disséminés, vient contaminer le récit réaliste, puisque le type sympa qui vous indique votre chemin le jour est le même qui la nuit vous poursuit avec une tronçonneuse. Toute cette partie dédiée au gameplay est également essentielle à la construction du personnage, puisqu’elle est l’expression métaphorique de sa paranoïa et de sa culpabilité.<strong> On a ici un cas extrême « d’<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Unreliable_narrator" target="_blank">unreliable narrator</a> » : la schizophrénie narrative conduit le joueur à douter de ce qu’Alan raconte ou écrit, à douter de la raison du personnage, et finalement à douter de son existence même.</strong> Et si Alan n’était après tout qu’un personnage écrit par un autre, un personnage qui a oublié qu’il en était un ? Et si les actions du joueur n’avaient lieu que dans l’espace fictif d’un roman inachevé ? On en arrive, grâce à ce dispositif, à effectuer des actions – tuer x, parler à y, aller à tel endroit – puis à douter de la réalité de ce qu’on a pourtant accompli via gameplay. Brillant !</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Heavy Rain</em></strong> a également voulu mettre en place une schizophrénie narrative, ou un « <em>unreliable narrator</em> » à la <em>Roger Ackroyd</em>, pour maintenir le suspense sur l’identité de son tueur psychopathe, mais contrairement aux deux premiers exemples, la structure qui en résulte s’est avérée bancale. D’une part les scènes où le coupable se serait révélé sont coupées, par un brutal changement de focalisation qui nous fait &laquo;&nbsp;regarder&nbsp;&raquo; ailleurs alors qu’on joue le personnage. D’autre part Ethan Mars, le héros, le père qui essaie de retrouver son fils kidnappé par le tueur aux origamis, a fréquemment des absences, et se retrouve au milieu de nulle part, avec l’origami fatal dans la main. Il ne se souvient de rien, et finit même par se demander s’il ne serait pas le coupable, s’il ne commettrait pas des crimes pendant qu’il perd conscience de lui-même. En réalité non seulement il n’en est rien, mais en plus ses fameuses absences ne sont motivées par rien, rien d’autre que la nécessité d’envoyer le joueur sur une fausse piste. <strong>Ici la schizophrénie, littérale ou narrative, est utilisée à mauvais escient pour les besoins du récit qui doit maintenir à égalité les suspects potentiels, mais elle dessert complètement la construction du personnage</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">En revanche le personnage de l’agent du FBI, Jayden, aurait pu donner lieu à quelque chose de beaucoup plus intéressant : il possède un système assez futuriste d’investigation, des lunettes qui lui permettent de surimposer des informations sur une scène de crime (analyses biologiques, relevés divers…). Ce même système lui permet quand il est à son bureau de se projeter dans un environnement virtuel dans lequel il peut travailler. On peut donc le voir étudier ses dossiers sous l’eau ou en plein désert… Cependant pour utiliser ce système il a besoin de prendre une certaine substance dangereuse à laquelle il a développé une addiction. Chaque fois qu’il se projette dans cet univers virtuel, sa santé se dégrade, mais c’est le prix à payer pour avancer dans son enquête. Ce n’est pas sans rappeler le LSD de Walter Bishop. L’univers parallèle de Jayden semble assez personnel, il y rencontre un mystérieux homme avec qui il converse. Puis, son état empirant, il finit par avoir des hallucinations même dans le monde réel. Les choses qu’il voit et entend ont sans aucun doute un rapport avec son passé : c’est un exemple très réussi d’<strong>un gameplay qui est en même temps une illustration de la psychologie du personnage</strong>. Malheureusement, ce gameplay spécifique est limité à Jayden, très peu employé, et on n’en saura jamais davantage sur le personnage.</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-874" title="Par les yeux du héros" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Autistes3.jpg" alt="" width="919" height="163" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Dans ces trois premiers exemples, <em>Deadly Premonition</em>, <em>Alan Wake</em> et <em>Heavy Rain</em>, le design narratif schizophrénique fonctionne grâce au recours au fantastique – mondes de fantômes ou bureau onirique &#8211; qui est le prétexte à l’introduction d’un gameplay différent ainsi qu’à l’exploration de la psychologie douloureuse du héros. En revanche le fantastique est totalement proscrit de l’univers de <strong><em>L.A. Noire</em></strong> qui se veut réaliste à tout point de vue. Cependant je crois que l’on peut effectuer le même diagnostic pour le détective Cole Phelps que pour les autres héros, et que leur exemple permet de mettre en lumière un design narratif extrêmement ténu dans ce quatrième jeu.</p>
<p style="text-align: justify;">Cole est une sorte d’idéaliste naïf, « premier de la classe » agaçant, qui sourit fièrement quand son chef le félicite et qui se met à dos tous ses collègues. Un homme plein de principes, cultivé et intelligent comme ses supérieurs le font remarquer – c’est lui qui réussit à décoder les messages alambiqués d’un tueur en série. Il a l’esprit aiguisé et l’incompétence sociale de ses modèles de série télé, même s’il reste beaucoup plus fréquentable, presque un type normal. Il a ce côté méthodique, psychorigide, pendant les interrogatoires, où chaque déclaration d’un suspect doit se ranger dans l’une des trois catégories : vérité, doute ou mensonge, et pas question de prêcher le faux pour savoir le vrai. Il peut aussi utiliser des « points d’intuition » pour l’aider dans ce tri : le gameplay d’interrogatoire met en scène sa capacité à « lire » davantage que la réalité manifeste. Mais sans que cela n’ait rien de surnaturel, c’est juste un flic particulièrement doué. Et un type qui ne se fait pas d’amis.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais une chose frappe dans le design narratif de <em>L.A. Noire</em> : les phases de gameplay concernent exclusivement les heures de travail de Cole Phelps : filatures, enquêtes, interrogatoires, poursuites, fusillades, arrestations… Mais dès que le détective quitte le bureau jusqu’au lendemain, plus de gameplay. Le joueur est laissé sur le côté, simple témoin lointain, presque voyeur. Pourtant l’histoire de Cole est éminemment intime, mais on n’en voit que des bribes : on l’aperçoit vaguement à la table d’une boîte de jazz. On le quitte sur le pas de la porte d’Elsa la chanteuse, sans savoir ce qu’ils se diront. On ne voit jamais sa famille jusqu’au moment d’une scène de rupture, à laquelle on assiste aussi en retrait, sans savoir ce que cela représentait pour lui. Quelques flashbacks viennent raconter petit à petit au joueur le passé de Cole, et le traumatisme qui vient éclairer son parcours. Mais ce n’est pas Cole qui « raconte », ce n’est pas son point de vue. Cole ne raconte rien, ne se confie pas, c’est un homme secret qui le restera jusqu’au bout.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a donc les phases où le joueur est « en contrôle », où il fait le job de détective, où il « est » Cole. Et il y a les phases où le joueur perd toute maîtrise sur le personnage et où celui-ci agit seul, de loin, sans qu’on comprenne vraiment ce qui se passe. <strong>La narration de L.A. Noire est schizophrénique dans le sens où elle alterne les phases d’identification du joueur au personnage et les phases de complète étrangeté.</strong> Comme si Cole était doté de deux personnalités, dont l’une nous échappe totalement. Ce qui ne va pas sans une certaine frustration, puisqu’on aimerait en découvrir plus sur le personnage, et surtout en « vivre » plus avec lui. Or c’est le contraire qui se passe : au fil du jeu, Cole est de plus en plus lointain. Plus on découvre son passé et plus il nous échappe. Comme s’il ne voulait pas s’ouvrir au monde, à personne, pas même au joueur. Seulement à Elsa, peut-être. Cole fuit de nombreux fantômes, et le joueur en est un, trop curieux, trop directif. Finalement on perd complètement prise sur le personnage puisque le jeu nous met en contrôle d’un autre héros : Kelso, plus charismatique, plus héroïque, plus sociable. Cole devient figurant de sa propre histoire, toujours plus lointain, presque déjà ailleurs. Si bien que son sacrifice final arrive comme une conclusion logique, inévitable, tragique. C’était l’histoire d’un type qui faisait semblant d’être là, de vivre, d’avoir un métier, on était là pour maintenir cette illusion. Le joueur était le fil ténu qui le rattachait à la réalité, il était les réflexes et l’habitude qui maintenaient un simulacre de vie sociale. Ça ne pouvait pas durer.</p>
<p><strong>(I ALWAYS KILL) THE THINGS I LOVE</strong><br />
<center><strong><img class="alignnone size-full wp-image-879" title="Rejouer la scène originelle" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/Autistes4.jpg" alt="" width="919" height="163" /></center><br />
</strong></p>
<p>On a donc <strong>quatre exemples de schizophrénie narrative, parfois de schizophrénie littérale, qui permettent à la fois de mettre en scène les conflits intérieurs du héros, de justifier un gameplay en lui donnant un sens métaphorique qui participe à la construction du personnage, et de donner une place intéressante et signifiante au joueur</strong>. Mais cette maladie mentale a-t-elle vocation à être « soignée » ? Le jeu est-il une thérapie ? Est-ce le but du jeu ?</p>
<p style="text-align: justify;">Dans nos quatre jeux, l’état du personnage est lié à un événement traumatique, une scène originelle liée à la mort, qui devra effectivement être rejouée pour être déjouée.&gt;</p>
<p style="text-align: justify;">Dans <em>Deadly Premonition</em>, on découvre que l’enquête de York mène en réalité à la mort de ses parents, et notamment de sa mère. Les apparitions fantomatiques ne sont que les morts du passé qui se rejouent dans l’attente d’être exorcisées. York devra comprendre le passé pour résoudre son enquête du présent, et surtout revivre tragiquement la mort de sa mère à travers la mort de la femme qu’il aime : même meurtrier, même mode opératoire. Il faudra cela pour qu’il retrouve sa véritable identité.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans <em>Alan Wake</em>, l’histoire commence par la mort par noyade de la femme de l’écrivain, Alice. Alan finira par tenter de réécrire l’histoire afin d’en changer l’issue. Il réécrit l’histoire que l’on a vécue, que l’on a jouée, afin de sauver Alice.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans <em>Heavy Rain</em>, le cœur de l’histoire est à la fois celle du père qui se reproche la mort de son premier fils et craint de devoir assumer celle du second, et  l&#8217;histoire du tueur qui enlève des enfants et les laisse mourir noyés par la pluie diluvienne. On découvre que ce dernier ne fait que reproduire la mort de son frère quand ils étaient enfants. On devra donc empêcher cette ultime reconstitution en arrivant à temps.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans <em>L.A. Noire</em> enfin, on sait que Cole est hanté par des souvenirs de guerre, on finit par découvrir qu’il est responsable malgré lui d’un massacre au lance-flamme de civils au Japon, et qu’il ne se le pardonne pas. On n’imagine qu’après-coup ce qu’il a dû ressentir en enquêtant sur un incendie qui a couté la vie à une famille entière, dont les corps calcinés se tordent dans une position qui imite la prière. Le rappel de sa faute se fait d’abord de manière métaphorique (voir l’<a href="http://merlanfrit.wordpress.com/2011/06/19/espace-noir-3-l-a-noire/" target="_blank">excellente analyse de ce thème sur <em>Devant ton écran</em></a>) puis de manière de plus en plus concrète et pressante, quand on se trouve finalement confronté à l’ancien soldat devenu le pyromane que Cole a créé. Il est trop tard pour soigner la folie de ce dernier, il est trop tard pour Cole également : le parcours psychologique est arrivé à son terme, ou plutôt à son point d’origine, mais il n’y a de guérison et de rédemption possibles que dans la mort.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Après tout, que ce soit dans Alan Wake ou dans L.A. Noire, le personnage du psychiatre est un ennemi manipulateur et dangereux, qui profite de la névrose de son patient. Si le héros peut compter sur quelqu’un pour guérir, c’est uniquement sur le joueur, son double. La guérison c’est l’abandon de cet alter ego, la fin du jeu. </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Et le joueur, lui, en sort-il indemne ?</strong></p>
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		<title>Hasta MacDonald siempre !</title>
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		<pubDate>Wed, 22 Jun 2011 23:09:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sachka</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse-minute]]></category>
		<category><![CDATA[Jeu vidéo]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Les monuments aux morts sont passés de mode ces temps-ci, il faut dire qu&#8217;on ne sait plus très bien qui gagne vraiment les guerres. Les chefs d&#8217;état ne se font plus faire de statue à leur effigie. Les révolutions soufflent quelques &#171;&#160;tumble dreams&#160;&#187; avant de disparaître comme elles sont survenues. Qu&#8217;est-ce qui mériterait, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Les monuments aux morts sont passés de mode ces temps-ci, il faut dire qu&#8217;on ne sait plus très bien qui gagne vraiment les guerres. Les chefs d&#8217;état ne se font plus faire de statue à leur effigie. Les révolutions soufflent quelques &laquo;&nbsp;tumble dreams&nbsp;&raquo; avant de disparaître comme elles sont survenues. Qu&#8217;est-ce qui mériterait, à notre époque, que l&#8217;on construise un monument pour marquer un événement et édifier les générations futures ?<br />
J&#8217;imagine, naïvement, qu&#8217;il faudrait quelque chose qui remporte l&#8217;unanimité ou presque, comme la fin d&#8217;une guerre, la chute d&#8217;une dictature ou la conquête d&#8217;une planète. Parce que sinon de quel droit utiliserait-on l&#8217;espace public pour y célébrer des valeurs que la population désapprouverait ? Et justement <strong>quel droit a-t-elle, la population, de manifester son désaccord avec ce que glorifient les monuments officiels ?</strong><br />
Les révolutions voient tomber les statues, les petites révoltes personnelles se traduisent en moustaches et en cornes sur les portraits de figures tutélaires. Ces dégradations, ces profanations sont aussi un message, l&#8217;expression de valeurs qui ne sont plus celles du monument ou du portrait. Elles ne sont pas officielles mais n&#8217;en sont pas moins légitimes. Ni moins sujettes à controverse.</p>
<p><center><img src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/DeBlobMonument1.jpg" alt="" title="Comrade Black and the Soviets" width="832" height="277" class="alignnone size-full wp-image-861" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">Autant de questions soulevées par l&#8217;<a href="http://www.pop-up-urbain.com/entre-street-art-et-profanation-quand-lhomme-dacier-travestit-les-soldats-de-bronze/">excellent article publié sur le site Pop-up Urbain</a>, qui évoque le détournement d&#8217;un monument à la gloire de l&#8217;armée soviétique (et à qui j&#8217;emprunte les photos). Les soldats russes repeints sont américanisés, transformés en super-héros, en clown de Macdonald et en père Noël version Coca-Cola. <strong>Pour les uns c&#8217;est un symbole de démocratie et d&#8217;occidentalisation de l&#8217;Est, pour les autres c&#8217;est un affront et une réécriture grossière et problématique de l&#8217;Histoire, puisque cela revient à nier le rôle des Russes dans la victoire contre les Nazis.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">A-t-on le droit de changer ainsi le sens d&#8217;un monument pour qu&#8217;il parle de l&#8217;époque actuelle ? Un monument historique est-il intouchable, son message fût-il périmé ? Qui peut décider de la continuité d&#8217;un monument, de la validité de son message ?</p>
<p style="text-align: justify;">Je vous conseille vivement d&#8217;aller lire l&#8217;article et les commentaires qui ont suivi, le débat est très intéressant. Pour ma part, je voulais <strong>aborder la question sous l&#8217;angle du gameplay : car ce mécanisme de profanation / réattribution d&#8217;un sens nouveau est exactement ce qui fonde le jeu De Blob, et sa récente suite, De Blob 2.</strong></p>
<p><center><img src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/DeBlobMonument2.jpg" alt="" title="De Blob and the Heroes" width="826" height="249" class="alignnone size-full wp-image-863" /></center></p>
<p style="text-align: justify;">On joue une boule de peinture, qui vit dans un monde idyllique, plein de couleurs. Ce monde tombe un jour sous la dictature du noir et blanc. Le héros et sa bande entament alors une révolution joyeuse : ils repeignent les rues, les maisons, les arbres et les gens, pour leur redonner couleur, joie de vivre et liberté. La peinture a le pouvoir de transformer magiquement les bâtiments : une prison devient un cinéma, une fabrique d&#8217;encre devient une piscine municipale, etc. Il y avait une petite étude à faire sur le &laquo;&nbsp;street art&nbsp;&raquo; et la symbolique tropico-révolutionnaire du premier jeu, ce que j&#8217;avais tenté de faire dans le numéro des <a href="http://www.sachka-blog.com/les-cahiers-du-jeu-video-volume-3-560">Cahiers du Jeu Vidéo consacré au thème de la ville</a>. Il y avait quelque chose d&#8217;assez subversif dans ce jeu, par le fait même de sa naïveté et de son optimisme.</p>
<p style="text-align: justify;">Cependant dans De Blob 2, il m&#8217;arrive parfois de ressentir le même malaise que devant cette photo du monument soviétique bariolé. Bannir le noir et le blanc, imposer la couleur, n&#8217;est-ce pas finalement une autre forme de dictature ? Supprimer la mélancolie et imposer une musique guillerette, n&#8217;est-ce pas une autre forme de lavage de cerveau ?</p>
<p style="text-align: justify;">Alors bien sûr, on sent que les auteurs ont voulu éviter cela : là où le dictateur &laquo;&nbsp;Comrade Black&nbsp;&raquo; est bavard et s&#8217;exprime par discours télévisés obligatoires, De Blob est l&#8217;un de ces héros muets de jeu vidéo ; là où se tenait une statue du tyran, quand on la repeint on obtient une sculpture abstraite, et pas une statue du héros de la révolution : pas de culte de la personnalité dans le camp de la couleur &#8211; en revanche De Blob est à l&#8217;affiche dans toutes les salles du cinéma remis à neuf.</p>
<p style="text-align: justify;">Malgré tout, certains symboles ne trompent pas et rappellent fortement la<strong> &laquo;&nbsp;pop-colonisation&nbsp;&raquo;</strong> (j&#8217;aime beaucoup ce concept) dont parle Philippe Gargov sur Pop-up Urbain. Dans chaque chapitre du jeu, on doit libérer l&#8217;un des bâtiments-clefs de la ville transformés par les partisans de l&#8217;encre noire, et lui redonner sa fonction première. On y trouve des théâtres, des stades, des universités, autant d&#8217;éléments que l&#8217;on imagine très bien dans un scénario réaliste de reconquête politique. Là où ça se gâte c&#8217;est quand on ajoute à la liste la fabrique de soda&#8230; ou quand on découvre que le cinéma est représenté par un seau de pop-corn géant. <strong>Les icones de la société de consommation et du capitalisme s&#8217;ajoutent aux symboles de la culture et de la liberté</strong>, une stratégie  d&#8217;amalgame éprouvée que l&#8217;on ne connaît que trop bien. Le sympathique De Blob m&#8217;apparaîtrait presque avec le rictus du clown de Macdonald&#8230; et sa naïveté commence à ressembler à une certaine stupidité publicitaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant je suis bien persuadée que tout ceci est inconscient de la part des créateurs,  mais si on se met à ériger inconsciemment des monuments à la &laquo;&nbsp;culture américaine marchande&nbsp;&raquo;, je ne suis pas sûre que ce soit très rassurant. Au moins, ils se sont efforcés d&#8217;être aussi universels que possible, ce qui est un peu voué à l&#8217;échec, soyons honnêtes. Comme l&#8217;idée qu&#8217;un monument pourrait représenter un idéal permanent et reconnu de tous.</p>
<p style="text-align: justify;">Je n&#8217;ai pas fini De Blob 2, je vais poursuivre ma révolution pour voir comment ça évolue. Mais j&#8217;ai peur de trouver Comrade Black finalement plus sympathique que De Blob : après tout, séquestrer des savants pour mener des expériences sur la gravité, c&#8217;est autrement plus excitant que de siroter du cola sur un gazon bariolé.</p>
<p><center><img class="alignnone size-full wp-image-858" title="Cinéma ou marchand de pop-corn ?" src="http://www.sachka-blog.com/wp-content/uploads/DeBlobCinema.jpg" alt="" width="832" height="524" /></center></p>
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